Élection Québec 2026 : le PQ mène, mais la projection n’est pas le vote

Une projection publiée le 22 septembre place encore le Parti québécois en tête. Mais l’image d’une majorité ou d’un gouvernement presque formé peut être trompeuse : au Québec, les sièges se gagnent circonscription par circonscription, et quelques points déplacés au bon endroit peuvent peser davantage que des dizaines de milliers de voix réparties ailleurs.
À retenir
Le PQ mène les deux sondages récents cités.
Une projection estime des sièges; elle ne prédit pas le vote.
Le vote anticipé est prévu les 27 et 28 septembre.
Une avance réelle, mais pas un verdict
La nouvelle projection de Qc125 est datée du 22 septembre. Elle intègre notamment un sondage Léger dont le terrain est centré sur le 20 septembre : 29 % pour le Parti québécois, 23 % pour le Parti libéral, 20 % pour la Coalition avenir Québec, 17 % pour le Parti conservateur et 10 % pour Québec solidaire. Un sondage Pallas Data daté du 19 septembre produit un ordre comparable, avec 28 % au PQ, 22 % à la CAQ, 22 % au PLQ, 16 % au PCQ et 11 % à QS.
Ces chiffres confirment une chose simple : le PQ mène dans les deux mesures. Ils ne confirment ni une majorité, ni une répartition précise des sièges, ni le résultat du 5 octobre.
Qc125 le dit explicitement. Son modèle combine une moyenne pondérée des sondages, les résultats passés, des données démographiques et des simulations. Les sondages récents et les échantillons plus grands reçoivent davantage de poids. Les estimations locales sont ensuite ajustées selon les régions, les caractéristiques démographiques et, dans certains cas, la force d’une candidature.
Cette mécanique est utile parce qu’un vote provincial n’est pas une seule course. Le Québec est divisé en 127 circonscriptions, et chaque siège se décide localement. Elle comporte aussi une limite inévitable : il existe rarement des sondages fiables dans chaque circonscription. Le modèle doit donc estimer comment un mouvement provincial se distribuerait sur le territoire.
Autrement dit, la projection est une carte du présent sous certaines hypothèses. Ce n’est pas une photographie du 5 octobre prise d’avance.
Pourquoi les mêmes pourcentages peuvent produire des pouvoirs très différents
Le mode de scrutin québécois récompense le candidat arrivé premier dans chaque circonscription. Il n’exige pas qu’un parti obtienne la majorité des voix à l’échelle du Québec pour former un gouvernement majoritaire. Il exige qu’il gagne au moins 64 des 127 sièges.
La géographie du vote devient donc déterminante. Un parti qui obtient 25 % partout peut finir deuxième dans une multitude de circonscriptions et gagner peu de sièges. Un autre, avec une proportion provinciale semblable, peut concentrer ses appuis et remporter plusieurs courses par quelques centaines de voix.
Cette différence ne constitue pas une erreur de calcul. Elle est le produit normal du scrutin majoritaire uninominal à un tour. Ce système choisit 127 représentants locaux; il ne cherche pas d’abord à reproduire exactement la part du vote provincial de chaque parti.
Le problème démocratique apparaît lorsque la visualisation en sièges devient le principal récit de la campagne. Une avance modeste dans les intentions de vote peut alors être racontée comme une majorité probable. À l’inverse, un parti dont les appuis sont dispersés peut sembler marginal dans la projection, même s’il réunit une part importante de l’électorat.
Le même réflexe existe lorsqu’une règle administrative est présentée comme un détail technique. Dans son dossier sur le vote postal et les conditions imposées par l’USPS, Claire Vue a montré qu’une procédure peut modifier concrètement l’accès au vote sans changer officiellement le droit de vote. Ici, la règle est différente, mais la leçon demeure : l’architecture du système façonne ce que les voix deviennent.

Les acteurs et leurs intérêts
Le Parti québécois veut transformer son avance provinciale en perception de gouvernement prêt à prendre le pouvoir. Une projection favorable aide au recrutement, aux dons et au vote utile. Mais plus la victoire paraît acquise, plus le parti s’expose à l’examen de ses engagements, de ses candidats et du coût de sa plateforme.
Le Parti libéral et la CAQ ont intérêt à raconter une course plus ouverte. Les chiffres leur donnent un argument : l’écart entre eux est faible, et les variations observées d’un sondage à l’autre demeurent souvent inférieures à l’incertitude statistique. Ils peuvent donc insister sur les circonscriptions disputées plutôt que sur la moyenne provinciale.
Le PCQ et QS ont un problème différent. Leur résultat dépend fortement de l’efficacité géographique de leur vote. Une hausse provinciale ne garantit pas un gain comparable en sièges. Leurs campagnes cherchent donc à concentrer les ressources là où une percée est plausible.
Qc125, enfin, n’est pas un arbitre électoral. C’est une plateforme indépendante dirigée par l’analyste Philippe J. Fournier. Son modèle rend visibles les incertitudes et les fourchettes, mais les images reprises sur les réseaux sont souvent réduites au nombre central. Le graphique circule alors plus vite que la note méthodologique.
Chronologie utile
27 août : déclenchement de l’élection générale prévue le 5 octobre.
13 septembre : plusieurs sondages confirment une course à cinq partis, avec un avantage au PQ.
19 septembre : terrain médian du sondage Pallas Data.
20 septembre : terrain médian du sondage Léger auprès de 1 001 répondants en ligne.
22 septembre : mise à jour de la projection Qc125.
27 et 28 septembre : vote par anticipation.
5 octobre : scrutin général et dépouillement.
Ce que mesurent les deux sondages
Le PQ arrive premier dans les deux sondages les plus récents affichés par Qc125. Léger le place à 29 %, Pallas à 28 %. Le PLQ et la CAQ se disputent la deuxième place, tandis que le PCQ demeure à portée dans plusieurs régions et que QS se situe autour de 10 ou 11 %.
La méthode de Qc125 est également publique dans ses grandes lignes : pondération des sondages, données électorales et démographiques, ajustements régionaux et simulations répétées. Qc125 précise que les projections de sièges représentent des résultats attendus selon l’information disponible, non des certitudes.
Enfin, Élections Québec confirme une carte de 127 circonscriptions. Le scrutin du 5 octobre — et non la moyenne des sondages — déterminera qui obtient chaque siège.
Participation et courses locales : les inconnues
La première inconnue est la participation. Les personnes les plus motivées ne se répartissent pas nécessairement comme l’ensemble des répondants d’un sondage. Le vote par anticipation peut aussi verrouiller une partie de l’électorat avant les derniers jours de campagne.
La deuxième concerne les courses locales. Une controverse touchant un candidat, une organisation de terrain plus forte ou un enjeu régional peut produire un écart avec la tendance provinciale. Les modèles tentent de capter ces effets, mais ne disposent pas d’une mesure directe dans les 127 circonscriptions.
La troisième touche l’incertitude propre aux panels en ligne. Léger précise qu’une marge d’erreur classique ne s’applique pas de la même manière à un échantillon non probabiliste. À titre comparatif, un échantillon aléatoire de 1 001 personnes aurait une marge d’environ 3,1 points, 19 fois sur 20. Quand plusieurs partis sont séparés par trois points, l’ordre apparent doit donc être lu avec prudence.
Cette prudence vaut aussi pour les indicateurs économiques de campagne. Comme Claire Vue l’a montré avec les 42 000 emplois perdus malgré un taux de chômage inchangé, un chiffre exact peut produire un récit incomplet si on oublie le mécanisme qui le construit.
Le mode de scrutin transforme l’avance en pouvoir
Le pouvoir électoral n’est pas seulement une question de popularité. Il dépend de la manière dont une institution transforme des préférences dispersées en décisions concentrées.
Le scrutin majoritaire favorise les partis capables de gagner des pluralités locales. Il peut produire des gouvernements stables. Il peut aussi attribuer un pouvoir législatif très large à un parti qui n’a pas reçu la majorité des voix.
La projection du 22 septembre ne prouve pas qu’une distorsion précise se produira. Elle montre plutôt à quel point cette distorsion est possible. Avec cinq partis significatifs, des victoires locales peuvent être obtenues avec une part du vote relativement faible. Le parti le plus efficace géographiquement peut alors transformer une avance de quelques points en contrôle de l’Assemblée nationale.
Le récit médiatique amplifie ce mécanisme. Les pourcentages parlent d’opinion; les sièges parlent de pouvoir. Une carte colorée pousse naturellement le public à regarder le résultat institutionnel avant même que le vote ait eu lieu.
Les prochains jalons de la campagne
Les prochains sondages devront être lus selon les régions, pas seulement selon la moyenne québécoise. Montréal, la couronne, Québec, la Mauricie et les régions ressources ne convertissent pas les mêmes variations en sièges.
Il faudra aussi surveiller le taux de participation au vote par anticipation, sans le traiter comme un sondage. Une participation forte indique une mobilisation, mais ne révèle pas pour qui les gens ont voté.
Enfin, le soir du scrutin, la comparaison essentielle ne sera pas seulement entre le pourcentage de votes et le nombre de sièges. Il faudra examiner combien de voix n’auront contribué à élire personne, quels partis auront gagné avec des pluralités faibles et si le gouvernement obtenu dispose d’un mandat populaire comparable à son pouvoir parlementaire.
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Une course ouverte derrière une image de vainqueur
Ce qui est démontré est limité mais important : le PQ mène les sondages récents, et un modèle sérieux convertit cet avantage en scénarios de sièges. Ce qui demeure inconnu est le résultat des 127 courses locales, la participation et l’effet des derniers jours.
Une projection n’est pas une prophétie. Elle est une estimation conditionnelle. La démocratie, elle, commence lorsque les électeurs transforment ces conditions en bulletins réels.
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Questions fréquentes
Le Parti québécois est-il assuré de gagner?
Non. Le PQ mène les deux sondages les plus récents affichés par Qc125, mais l’élection se décide dans 127 circonscriptions. Les sondages comportent de l’incertitude, les appuis peuvent changer et leur répartition régionale compte autant que la moyenne provinciale. Une avance dans le vote projeté augmente la probabilité de victoire; elle ne garantit ni le nombre de sièges ni une majorité.
Qc125 est-il un sondage?
Non. Qc125 agrège plusieurs sondages et les combine à des résultats passés, des données démographiques et des simulations. Le modèle estime ensuite des résultats possibles dans les circonscriptions. Sa projection dépend donc de la qualité des sondages et de ses hypothèses. Elle est plus riche qu’un sondage unique, mais elle n’élimine pas l’incertitude.
Pourquoi un parti peut-il gagner une majorité sans 50 % des voix?
Parce que les sièges sont attribués séparément dans chaque circonscription. Le candidat qui obtient le plus de voix localement gagne, même sans majorité absolue. Un parti peut donc remporter au moins 64 sièges grâce à une série de pluralités locales tout en recevant moins de la moitié des votes à l’échelle du Québec.
Quand aura lieu le vote par anticipation?
Élections Québec prévoit le vote par anticipation les dimanche 27 et lundi 28 septembre 2026. Le scrutin général aura lieu le lundi 5 octobre. Les électeurs doivent vérifier leur inscription, leur lieu de vote et les heures applicables à leur adresse dans les communications officielles d’Élections Québec.







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