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42 000 emplois perdus, chômage inchangé : ce que le chiffre canadien de 6,4 % ne montre pas

il y a 4 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Illustration d’un cadran de chômage figé à 6,4 % devant des fiches d’emploi qui disparaissent et une participation au travail en recul.
Le Canada a perdu 42 000 emplois en août, mais le recul de la participation a contribué à maintenir le taux de chômage à 6,4 %. Illustration : Claire Vue. Source documentaire : Statistique Canada.

Le Canada comptait 42 000 emplois de moins en août. Le taux de chômage, lui, n’a pas bougé.


Il n’y a pas de contradiction statistique. Le taux officiel dépend du nombre de personnes qui travaillent, mais aussi de celles qui cherchent activement un emploi. Quand l’emploi et la participation diminuent en même temps, le chômage peut sembler stable pendant que le marché du travail s’affaiblit.


Les nouvelles données révèlent surtout une fragilité chez les jeunes, au Québec et parmi les personnes qui cherchent depuis plus de six mois. Elles ne démontrent toutefois pas encore que la guerre commerciale est responsable de ce recul.


À retenir


  • Le Canada a perdu 42 000 emplois en août.

  • Le taux de chômage est demeuré à 6,4 % parce que la participation a aussi reculé.

  • Le Québec a perdu 19 000 emplois au net. La région métropolitaine de Montréal a enregistré une baisse estimée à 21 000 emplois, partiellement compensée ailleurs dans la province.

  • Le chômage des jeunes a atteint 12,9 %.

  • L’enquête précède les nouveaux tarifs américains du 22 août.



Ce dossier évoluera avec les premières données couvrant réellement les nouveaux tarifs. Devenez Lecteur Gratuit de Claire Vue pour suivre l’emploi, les secteurs touchés et les faits nouvellement confirmés.

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Ce qui vient de se passer


Statistique Canada a publié son portrait du marché du travail le 4 septembre.


L’emploi a diminué de 42 000, soit 0,2 %, en août. Le taux d’emploi — la proportion de la population de 15 ans et plus qui occupe un emploi — a reculé à 60,8 %. Pourtant, le taux de chômage est resté à 6,4 %.


Cette stabilité s’explique en partie par le recul de la participation. La proportion des personnes qui travaillent ou cherchent activement un emploi est passée à 65 %. Selon l’analyse de TD, la population active s’est contractée d’environ 37 000 personnes pendant le mois.


Une personne sans emploi n’entre pas nécessairement dans le taux de chômage. Pour être comptée comme chômeuse, elle doit notamment avoir cherché du travail récemment ou être en attente d’un rappel. Celle qui cesse ses démarches sort de la population active, même si elle demeure sans emploi.


Le résultat d’août doit aussi être replacé dans une période plus longue. De mars à juillet, l’emploi avait augmenté de 181 000. Malgré la baisse mensuelle, le Canada comptait encore 217 000 emplois de plus qu’en août 2025.


On observe donc un renversement mensuel important, pas encore l’effondrement d’une tendance annuelle.


Immeuble principal de Statistique Canada au pré Tunney, à Ottawa.
Statistique Canada a publié l’Enquête sur la population active d’août 2026 le 4 septembre. Photo : Demetri1968 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0.

Les acteurs et leurs intérêts


Les travailleurs veulent plus qu’un taux stable


Le taux de chômage résume une partie du marché du travail. Il ne mesure pas directement la durée de la recherche, la qualité des postes, la sécurité des heures, les personnes qui abandonnent leurs démarches ni la capacité d’un salaire à suivre le coût de la vie.


En août, 1,5 million de personnes étaient officiellement au chômage. Parmi elles, 24 % cherchaient du travail depuis au moins 27 semaines. Avant la pandémie, de 2017 à 2019, cette proportion atteignait en moyenne 17,1 %.


Un taux national stable peut donc coexister avec un problème plus persistant : une part croissante des chercheurs d’emploi reste bloquée plus longtemps.


Les jeunes tentent d’entrer dans un marché plus étroit


L’emploi des 15 à 24 ans a reculé de 19 000. Leur taux de chômage a augmenté à 12,9 %.


La situation est meilleure qu’en août 2025, lorsque ce taux atteignait 14,3 %, mais elle demeure moins favorable que la moyenne prépandémique de 10,8 %.


Le portrait des étudiants qui retourneront aux études est particulièrement inégal. Chez les 20 à 24 ans, le chômage estival moyen a diminué à 9,2 %. Chez les 15 et 16 ans, il a plutôt atteint 29,9 %.


Le premier emploi n’est pas seulement une source de revenu. Il permet d’accumuler de l’expérience, des références et des contacts. Une difficulté persistante à franchir cette première étape peut produire des effets bien après la fin d’un ralentissement.


Les employeurs ajustent leurs décisions avant de licencier massivement


Le taux de mise à pied s’est établi à 0,8 % en août. Il demeure près des niveaux observés avant la pandémie.


Cela indique que les pertes d’emploi ne proviennent pas nécessairement d’une vague générale de licenciements. Les employeurs peuvent aussi ne pas remplacer les départs, réduire l’embauche, laisser expirer des contrats ou reporter de nouveaux postes.


Ce ralentissement est plus difficile à voir qu’une fermeture d’usine. Il peut néanmoins rendre la recherche beaucoup plus longue.


Ottawa doit distinguer le ralentissement de l’effet des tarifs


La publication survient en pleine confrontation commerciale. L’échec des négociations entre le Canada et les États-Unis a amplifié l’incertitude dans l’automobile, l’acier, l’aluminium et d’autres secteurs intégrés.



Mais les dates sont déterminantes.


Les données d’août décrivent la semaine du 9 au 15 août. Les nouveaux tarifs américains de 50 % sont entrés en vigueur le 22 août. La perte de 42 000 emplois précède donc leur application.


On peut dire que les entreprises exposées à la demande américaine évoluaient déjà dans un contexte incertain. On ne peut pas présenter les nouveaux tarifs comme la cause démontrée du résultat d’août.


Ottawa doit par ailleurs faire entrer en vigueur le 8 septembre des contre-tarifs visant 27,6 milliards de dollars d’importations américaines. Leurs effets éventuels appartiendront aux prochains mois, pas à cette enquête.



Chronologie utile


Avril à juillet 2026 — L’emploi canadien augmente cumulativement de 181 000.


9 au 15 août — Statistique Canada mène la semaine de référence utilisée pour son estimation mensuelle.


22 août — Les nouveaux tarifs américains de 50 % entrent en vigueur dans plusieurs secteurs canadiens.


4 septembre — Statistique Canada annonce une perte de 42 000 emplois en août et un taux de chômage inchangé à 6,4 %.


8 septembre — Les nouveaux contre-tarifs canadiens doivent entrer en vigueur.


13 au 19 septembre — Prochaine semaine de référence de l’enquête, la première entièrement postérieure à l’escalade tarifaire.


9 octobre — Publication prévue des données de septembre.


Ce qui est confirmé


La baisse de l’emploi a touché particulièrement le Québec et l’Ontario.


Le Québec a perdu 19 000 emplois en août. Le recul s’est concentré dans la région métropolitaine de Montréal, avec une diminution estimée à 21 000. Le taux de chômage québécois est néanmoins demeuré à 5,6 %.


Le Québec est aussi la seule province où l’emploi était plus faible qu’un an auparavant : 54 000 emplois de moins, soit un recul de 1,2 %.


L’Ontario a perdu 18 000 emplois pendant le mois, mais en comptait encore 116 000 de plus qu’en août 2025.


Vue du centre-ville de Montréal depuis le fleuve.
La région métropolitaine de Montréal a perdu 21 000 emplois en août 2026, selon Statistique Canada. Photo : Andrew Welch / Wikimedia Commons — CC0 1.0.

La baisse sectorielle la plus importante a été enregistrée dans les services aux entreprises, les services relatifs aux bâtiments et les autres services de soutien, avec 20 000 emplois de moins. L’administration publique en a perdu 8 800, les ressources naturelles 7 700 et les services publics 5 600.


La fabrication fait exception. Elle a gagné 22 000 emplois, principalement en Ontario. Statistique Canada précise toutefois que cette augmentation compense des baisses antérieures : sur douze mois, l’emploi manufacturier a peu changé.


L’emploi dans le secteur public a diminué de 20 000 pour un troisième mois consécutif. Depuis mai, ce secteur a perdu 78 000 emplois. L’emploi privé a peu varié en août, mais demeure plus élevé qu’un an auparavant.


La croissance salariale a ralenti. Le salaire horaire moyen a augmenté de 2 % sur douze mois, comparativement à 2,8 % en juillet et 3,3 % en juin. Il s’agit de la plus faible croissance annuelle depuis novembre 2017, à l’exception de la période pandémique de 2021.


Le ralentissement touche davantage le bas de l’échelle. Les salaires ont augmenté de 1,1 % dans le quart le moins rémunéré, contre 2,1 % dans le quart supérieur.


Ce qui fait encore débat


Le marché du travail est-il réellement en train de basculer?


Un seul mois ne suffit pas pour conclure à une récession de l’emploi.


L’Enquête sur la population active repose sur un échantillon d’environ 65 000 ménages représentant plus de 100 000 répondants. Statistique Canada avertit que les variations mensuelles peuvent être plus instables que les tendances observées sur plusieurs mois.


La baisse de 42 000 est importante, mais elle suit quatre mois de croissance. Les prochaines publications permettront de déterminer si août constitue un mauvais mois isolé ou le début d’un ralentissement durable.


Le taux de chômage stable est-il trompeur?


Le chiffre n’est pas faux. Il répond simplement à une question plus étroite qu’on le suppose souvent.


Le taux de chômage indique la proportion de la population active qui cherche un emploi. Il ne mesure pas la proportion de toute la population adulte qui aimerait travailler davantage.


Lorsqu’une personne cesse de chercher, elle peut contribuer à faire diminuer le taux sans avoir trouvé d’emploi. Le recul de la participation est donc essentiel pour interpréter le 6,4 % d’août.


Les tarifs américains sont-ils déjà responsables?


Ce n’est pas démontré.


La période de référence précède leur entrée en vigueur. Les entreprises connaissaient les menaces, les négociations et l’incertitude, ce qui a pu influencer certaines décisions. Mais mesurer cet effet d’anticipation exigerait des données sectorielles et des témoignages d’employeurs plus précis.


Sur douze mois, le taux de mise à pied a atteint en moyenne 0,9 % dans les industries dépendantes des exportations américaines, contre 0,7 % dans les autres secteurs. L’écart mérite une surveillance, mais il ne prouve pas que la nouvelle ronde tarifaire explique le résultat national d’août.


Le gain manufacturier contredit-il le ralentissement?


Non. Un marché du travail peut perdre des emplois dans son ensemble tout en enregistrant une hausse dans une industrie particulière. La fabrication a progressé en août, alors que les services de soutien, l’administration publique, les ressources et les services publics ont reculé.


Cette progression manufacturière empêche surtout de raconter une histoire trop simple dans laquelle tous les secteurs exposés au commerce auraient déjà commencé à supprimer des postes.


Ce que cette actualité révèle


Les grands indicateurs économiques condensent des millions de situations en un seul nombre. Cette simplification est nécessaire. Elle peut aussi déplacer le débat.


Dire que le chômage est demeuré à 6,4 % donne une impression de stabilité. Dire que le Canada a perdu 42 000 emplois produit l’impression inverse. Les deux affirmations sont vraies.


Ce qui les relie est moins visible : la population active s’est contractée.


Cette mécanique révèle une forme de disparition statistique. Une personne qui cherche un emploi est visible dans le chômage. Si elle abandonne temporairement ses démarches, retourne aux études faute d’options ou attend de meilleures conditions, elle peut sortir de l’indicateur principal.


Le problème n’est pas que Statistique Canada cacherait cette information. L’agence publie la participation, le taux d’emploi, la durée du chômage, les secteurs, les salaires et les groupes d’âge.


La réduction se produit plutôt dans la circulation publique du résultat. Un titre retient « chômage stable ». Un autre retient « 42 000 emplois perdus ». La structure complète du marché du travail disparaît entre les deux.


Les jeunes montrent pourquoi cette nuance compte. Leur taux de chômage est inférieur à celui de l’an dernier, mais supérieur à la norme prépandémique. Les étudiants plus âgés ont connu un meilleur été, tandis que près de trois jeunes de 15 ou 16 ans sur dix cherchant un emploi n’en ont pas trouvé.


Il n’existe donc pas un seul marché du travail canadien. L’âge, la région, le secteur, la durée de la recherche et le niveau de salaire déterminent des réalités différentes.


La même prudence s’impose devant la guerre commerciale. L’événement politique est majeur, mais les données d’août ne permettent pas encore d’en mesurer les conséquences. Confondre la date de publication avec la période réellement observée fabriquerait une causalité qui n’existe pas dans les preuves.


Ce qu’il faudra surveiller


La prochaine enquête sera déterminante parce que sa semaine de référence se situera entièrement après l’entrée en vigueur des tarifs américains et près du lancement des contre-tarifs canadiens.


Il faudra comparer l’emploi, les heures travaillées et les mises à pied dans l’automobile, l’acier, l’aluminium, le bois, les ressources et le transport. Les données sur les postes vacants et la rémunération permettront aussi de voir si les entreprises réduisent d’abord leurs embauches avant de supprimer davantage de postes.


Le Québec mérite une attention particulière. La province a perdu 54 000 emplois sur douze mois, alors que le reste du pays demeure en territoire positif.


Enfin, le chômage de longue durée et la participation devront être suivis ensemble. Une amélioration du taux officiel serait beaucoup moins convaincante si elle provenait encore d’une diminution du nombre de chercheurs d’emploi.


Poursuivre l’enquête


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Un chiffre stable ne signifie pas une situation immobile


Ce qui est démontré est précis.


Le Canada a perdu 42 000 emplois en août. La participation et le taux d’emploi ont reculé. Le chômage est resté à 6,4 %. Les jeunes, le Québec, Montréal et plusieurs services ont subi des baisses, tandis que la fabrication a progressé.


Il est également démontré que ces données décrivent la semaine du 9 au 15 août. Elles précèdent les tarifs américains entrés en vigueur le 22 août.


Ce qui demeure inconnu est la direction de la suite.


On ne sait pas encore si le recul d’août sera corrigé en septembre, si les entreprises réduiront davantage leurs embauches ni combien d’emplois seront touchés par les tarifs et les contre-tarifs.


Le taux de chômage n’a pas menti. Il n’a simplement pas raconté toute l’histoire.


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Questions fréquentes


Comment le Canada peut-il perdre 42 000 emplois sans hausse du chômage?


Le taux de chômage est calculé uniquement à partir de la population active, soit les personnes qui travaillent ou cherchent activement un emploi. En août, l’emploi a diminué, mais la participation au marché du travail a également reculé. Certaines personnes sans emploi n’étaient donc plus comptées parmi les chercheurs actifs. Le taux est resté à 6,4 %, même si le taux d’emploi a baissé à 60,8 %.


Les tarifs américains ont-ils causé les pertes d’emploi d’août?


Ce n’est pas démontré. L’enquête décrit la semaine du 9 au 15 août 2026, tandis que les nouveaux tarifs américains sont entrés en vigueur le 22 août. L’incertitude commerciale pouvait déjà influencer des investissements ou des embauches, mais les données ne permettent pas d’isoler cet effet. Les résultats de septembre offriront une première observation couvrant entièrement la période postérieure aux nouveaux tarifs.


Quelle est la situation des jeunes travailleurs?


L’emploi des 15 à 24 ans a diminué de 19 000 et leur taux de chômage a atteint 12,9 %. Ce taux est inférieur aux 14,3 % d’août 2025, mais supérieur à la moyenne prépandémique de 10,8 %. La situation varie fortement selon l’âge : le chômage estival moyen des étudiants de 20 à 24 ans était de 9,2 %, contre 29,9 % chez les 15 et 16 ans.


La perte de 42 000 emplois annonce-t-elle une récession?


Pas à elle seule. Le recul suit une augmentation cumulative de 181 000 emplois entre avril et juillet, et l’emploi demeure supérieur de 217 000 à son niveau d’août 2025. Une enquête mensuelle comporte aussi une variabilité statistique. Un signal de détérioration plus solide exigerait plusieurs mois de baisse, une hausse persistante du chômage, davantage de mises à pied et un recul étendu à plusieurs indicateurs.


Références principales


Enquête sur la population active, août 2026 — Statistique Canada, 4 septembre 2026.

Canada unemployment holds at 6.4% though employment falls — The Wall Street Journal, 4 septembre 2026.

Canadian Employment, August 2026 — TD Economics, 4 septembre 2026.

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