Québec 2026 : le PQ gagne avec 28 % des voix, mais devra négocier
Dernière mise à jour : il y a 21 heures

Le Parti Québécois est appelé à former un gouvernement minoritaire. Mais les résultats racontent davantage qu’un changement de premier ministre : ils montrent comment des voix deviennent des sièges, comment d’autres continuent de financer un parti sans lui donner de député, et pourquoi les promesses du gagnant dépendront aussi des oppositions.
À retenir
Le PQ est en tête dans 59 des 127 circonscriptions avec 27,99 % des votes valides comptabilisés. Le seuil de majorité est de 64 sièges.
La CAQ reçoit plus de voix que Québec solidaire, mais n’est en tête dans aucune circonscription, contre neuf pour QS.
Selon le calcul de Claire Vue, 55 des 59 candidatures péquistes en tête obtiennent moins de 50 % des voix localement.
Aucun accord d’appui au gouvernement ni nouveau cabinet n’est confirmé dans les sources consultées.
Les chiffres ci-dessous proviennent de l’instantané d’Élections Québec du 6 octobre 2026 à 0 h 30 min 38 s. Ils demeurent préliminaires : les positions en tête ne remplacent pas les résultats définitifs.
Le résultat donne un gouvernement, pas un chèque en blanc
La soirée du 5 octobre se termine sur une victoire péquiste et une défaite caquiste. Associated Press confirme le caractère minoritaire du résultat. Paul St-Pierre Plamondon est appelé à former le prochain gouvernement; la formation officielle du cabinet reste une étape distincte.
PARTI | VOIX VALIDES COMPTABILISÉES | CIRCONSCRIPTIONS EN TÊTE | PART DES SIÈGES |
|---|---|---|---|
PQ | 27,99 % | 59 | 46,46 % |
PLQ | 24,25 % | 40 | 31,50 % |
PCQ | 20,70 % | 19 | 14,96 % |
QS | 12,41 % | 9 | 7,09 % |
CAQ | 13,31 % | 0 | 0 % |
Le PQ transforme donc environ 28 % des voix en près de 46,5 % des sièges. Le PLQ bénéficie lui aussi d’un écart favorable. Le PCQ et QS obtiennent une proportion de sièges inférieure à leur part du vote. L’effet du scrutin touche plusieurs partis, dans des directions différentes.
La question concrète est double : qui peut former le gouvernement, puis qui peut l’aider à faire adopter ses décisions? Le résultat répond à la première. Les négociations répondront à la seconde.
À cet instant, 99,69 % des bureaux ont transmis leurs résultats. Élections Québec projette une participation de 67,04 %, selon la tendance du dépouillement. Ce chiffre ne doit pas être présenté comme un taux définitif. Il ne permet pas non plus de savoir pourquoi les personnes qui n’ont pas voté se sont abstenues.
Plus de voix que QS, mais aucun siège pour la CAQ
Le contraste le plus net concerne la CAQ : 567 333 votes valides comptabilisés, contre 528 985 pour QS. Elle reçoit donc 38 348 voix de plus, mais n’arrive première dans aucune circonscription. QS est en tête dans neuf.
Ce résultat s’explique par la règle de conversion des voix en sièges. Au Québec, la candidature qui termine première dans chaque circonscription remporte le siège. Les votes obtenus ailleurs ne compensent pas une deuxième ou une troisième place. Il n’existe pas de deuxième distribution provinciale de sièges pour corriger cet écart.
Une formation peut donc réunir un appui important à l’échelle du Québec et rester sans député. À l’inverse, une concentration suffisante de voix dans certaines circonscriptions peut produire plusieurs victoires avec moins de votes au total.
Cela ne signifie pas que les électeurs caquistes ont cessé d’exister. Cela signifie que leur appui ne se transforme pas, dans cet instantané, en présence à l’Assemblée. La distinction compte pour raconter la défaite : une organisation évincée du Parlement conserve des sympathisants, des membres et une capacité de participer au débat public.
La présence des partis sur le bulletin, examinée dans notre reportage sur les candidatures et l’accès au pouvoir, ne garantissait donc pas une représentation à la hauteur de leurs voix.

Dans 55 circonscriptions péquistes, arriver premier suffit
Claire Vue a classé les candidatures de chaque circonscription selon leurs votes dans le même fichier officiel, puis compté celles en tête avec moins de 50 % des voix valides. Le résultat : 55 des 59 candidatures péquistes en tête se trouvent sous ce seuil.
Dans Saint-François, par exemple, Sylvie Tanguay, du PQ, mène avec 26,03 % des voix. Jacqueline Belleau arrive deuxième avec 23,86 %. Tous les bureaux de cette circonscription ont transmis leurs résultats dans l’instantané. La première place suffit pour gagner selon la règle applicable, même quand près des trois quarts des votes vont à d’autres candidatures.
Le phénomène dépasse le PQ : 100 des 127 candidatures en tête, tous partis confondus, obtiennent moins de 50 % des voix localement. Il faut donc distinguer une victoire sur les autres candidats d’une majorité absolue des suffrages.
Ce calcul ne remet pas en cause la validité de ces victoires. Il explique ce qu’elles mesurent. Il ne permet pas non plus de reconstruire les deuxièmes choix des électeurs ni le résultat qu’aurait produit un autre mode de scrutin. On ne peut pas additionner les votes des adversaires comme s’ils formaient automatiquement une préférence commune.
Le vrai pouvoir des oppositions se jouera dans les votes
Avec 59 sièges, le PQ serait cinq sous le seuil de majorité. QS, avec neuf, pourrait lui fournir un appui suffisant : les deux groupes réuniraient 68 députés si ce tableau se maintient. Mais les libéraux ou les conservateurs pourraient aussi soutenir certaines décisions. Aucun parti ne détient seul un droit de veto permanent.
La nuance est importante : une entente durable, un appui sur un dossier et une coalition avec des ministres de plusieurs partis sont des arrangements différents. Aucun ne découle automatiquement du soir de l’élection.
Les oppositions réunissent également 68 sièges dans cet instantané. Elles ne constituent pas pour autant un bloc politique : leurs programmes et leurs intérêts diffèrent. Renverser un gouvernement, modifier une mesure et laisser adopter un budget sont trois choix distincts.
Selon les règles de l’Assemblée nationale, la confiance peut notamment être engagée sur la politique générale, la politique budgétaire, certains crédits ou une motion de censure. Une défaite sur un vote ordinaire ne fait pas automatiquement tomber le gouvernement.
Dans son discours de victoire diffusé au 98.5 le 5 octobre, St-Pierre Plamondon annonce vouloir collaborer avec les autres partis dès la mise à jour économique de l’automne. Cette annonce fixe un premier rendez-vous politique. Elle ne révèle encore ni les concessions envisagées ni les conditions des oppositions.
Les promesses deviennent des objets de négociation
On peut déjà identifier des dossiers à suivre, sans annoncer de compromis inexistants. Les programmes des partis indiquent leurs propositions; ils ne démontrent pas ce que chacun acceptera en échange d’un appui.
Le PQ a promis le 18 septembre un milliard de dollars sur quatre ans pour réduire l’itinérance de 50 % d’ici 2030. Il prévoit notamment du logement adapté, de la prévention et des services sociaux. Son premier test sera la traduction de cette promesse en crédits, responsabilités et calendrier, puis en résultats observables.
QS propose de plafonner les hausses de loyer à l’inflation. Le PLQ vise, à terme, 100 000 logements construits par année. Ces propositions concernent le logement, mais elles n’agissent pas sur le même levier. Une convergence sur l’urgence de se loger ne garantit donc pas un accord sur les moyens.
Le PCQ propose des délais maximaux en santé et, lorsque le réseau public ne peut les respecter, un autre établissement public ou un prestataire privé accrédité, payé par la RAMQ. Si ce dossier devient un terrain de négociation, il faudra examiner les coûts publics, la capacité disponible et les effets sur le personnel. Ce scénario n’est pas une réforme adoptée par le prochain gouvernement.
Le suivi des promesses devra donc montrer quatre étapes : l’engagement de campagne, le compromis proposé, les moyens autorisés et le résultat obtenu. Une opposition peut influencer une décision sans voir toute sa plateforme devenir celle du gouvernement.
Chronologie utile
18 septembre : le PQ annonce son plan contre l’itinérance.
5 octobre : scrutin provincial, puis discours de victoire et annonce de collaboration à la mise à jour économique.
6 octobre, 0 h 30 : l’instantané officiel place le PQ en tête dans 59 circonscriptions; les résultats restent préliminaires.
Sans député, un parti peut conserver du financement public
Un autre mécanisme demeure moins visible : l’allocation annuelle aux partis dépend du vote provincial, et non des sièges. Élections Québec explique que l’enveloppe est distribuée proportionnellement aux votes valides obtenus. Le financement et la représentation parlementaire suivent donc deux règles différentes.
Si la CAQ reste sans député, son résultat populaire pourra néanmoins compter dans cette allocation, selon les règles applicables. Il serait prématuré d’annoncer un versement exact : les résultats définitifs et le calcul institutionnel devront être connus.
Ce mécanisme, expliqué dans notre enquête sur le financement public lié au vote, préserve une capacité d’organisation sans remplacer les pouvoirs d’un député. L’argent destiné au parti ne lui donne ni vote à l’Assemblée ni ministère.
Une victoire péquiste ne tranche pas la question référendaire
Associated Press rapporte que St-Pierre Plamondon maintient son projet de référendum après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche. Mais les résultats d’une élection portant sur plusieurs enjeux ne mesurent pas directement l’appui à l’indépendance.
Un vote pour le PQ peut avoir plusieurs motivations. Un vote pour un autre parti ne permet pas davantage de connaître toutes les positions de l’électeur. Le bulletin choisit une candidature et une formation; il ne contient pas une réponse séparée à chacune de leurs promesses.
Il faudra donc vérifier le calendrier réel, les décisions préparatoires et les appuis requis, sans transformer une victoire électorale en approbation populaire déjà acquise du projet souverainiste.
Les noms des ministres ne sont pas encore connus
Au moment de la préparation, aucune liste du nouveau Conseil des ministres n’est confirmée dans les sources consultées. La page officielle affiche encore le cabinet de Christine Fréchette. On ne peut pas attribuer un portefeuille à une candidature élue simplement parce qu’elle a porté ce dossier pendant la campagne.
Les nominations permettront d’identifier les responsables des arbitrages aux Finances, au Conseil du trésor, à la Santé, à l’Habitation et à l’Immigration. Mais une nomination ne prouvera pas, à elle seule, qu’une promesse est financée ou réalisable.
Ce que cette actualité révèle
Le résultat distribue plusieurs formes de pouvoir. Les victoires locales ouvrent les portes de l’Assemblée. Le vote provincial détermine une partie des ressources des partis. La répartition minoritaire rend les appuis parlementaires nécessaires à l’adoption des décisions.
Ces mécanismes expliquent une situation qui semble contradictoire au premier regard : le PQ gagne sans réunir la majorité des voix, la CAQ conserve davantage de suffrages que QS sans obtenir de siège, et les propositions des partis battus peuvent encore influencer le programme adopté.
Le mandat politique est réel. Son contenu précis se construira aussi après le scrutin, dans des décisions qu’on pourra comparer aux engagements de campagne.
Ce qu’il faudra surveiller
Le premier jalon est l’arrêt des résultats définitifs, particulièrement dans les courses serrées. Saint-Henri–Sainte-Anne présente un écart préliminaire de 39 voix entre les deux candidatures de tête. Cet écart appelle une attention au recensement; il ne permet pas d’annoncer qu’un recomptage aura lieu.
Suivront la formation du cabinet, les conditions d’appui des oppositions et les premières décisions budgétaires. La collaboration annoncée pour la mise à jour économique devra être évaluée à partir de son contenu. Une rencontre ne sera pas une entente; une entente ne sera pas encore un résultat pour les locataires, les patients ou les personnes en situation d’itinérance.
Pour suivre la traduction des promesses en décisions, créez gratuitement votre compte Lecteur Claire Vue.
Déjà membre? Se connecter
Poursuivre l’enquête
Le bilan Fréchette et les continuités du gouvernement caquiste : le point de départ pour vérifier ce que le prochain gouvernement changera réellement.
Les engagements et hypothèses financières des cinq chefs : les propositions à comparer aux futurs compromis budgétaires.
Le gouvernement change; les promesses restent à éprouver
Ce qui est démontré est l’écart entre les voix et les positions en tête, ainsi que l’absence de majorité péquiste dans ce décompte. Ce qui reste inconnu est la répartition définitive, le cabinet, les accords parlementaires et le contenu des premières mesures.
Pour la population, la suite se mesurera dans les loyers, les soins, les logements et les services. Le scrutin désigne ceux qui pourront décider. Il ne remplace pas la vérification de ce qu’ils feront.
Devenez membre Enquêteur de Claire Vue pour soutenir un journalisme qui suit les décisions après les promesses.
Déjà membre? Se connecter
Questions fréquentes
Comment le PQ peut-il gagner avec environ 28 % des voix?
Le Québec élit un député par circonscription. Il suffit d’y obtenir davantage de voix que chacune des autres candidatures; une majorité absolue n’est pas nécessaire. Le vote provincial n’est donc pas distribué proportionnellement en sièges. Dans l’instantané du 6 octobre à 0 h 30, le PQ est en tête dans 59 circonscriptions avec 27,99 % des votes valides comptabilisés. Le résultat demeure préliminaire.
Pourquoi la CAQ a-t-elle zéro siège malgré plus de voix que QS?
Les sièges dépendent des premières places locales, pas du total provincial. La CAQ compte 567 333 voix, contre 528 985 pour QS, mais n’est en tête nulle part dans cet instantané, contre neuf circonscriptions pour QS. Cela montre que la répartition territoriale des appuis compte. Ces chiffres ne disent pas quelles candidatures les électeurs auraient choisies avec un autre système de vote.
QS doit-il nécessairement entrer au gouvernement?
Non. Un parti peut appuyer certaines décisions sans obtenir de ministère ni conclure une coalition. Le PQ et QS réuniraient 68 députés si les résultats actuels se maintiennent, mais cette possibilité ne constitue pas un accord. Les libéraux ou les conservateurs pourraient également soutenir des mesures. Les négociations et les votes permettront de connaître les appuis réels; ils ne peuvent pas être déduits du seul nombre de sièges.
Les ministres et les promesses sont-ils déjà confirmés?
Aucune liste du nouveau cabinet n’est confirmée dans les sources consultées. Les programmes électoraux restent des engagements politiques. Leur réalisation exigera des décisions, des moyens et, selon les dossiers, des appuis parlementaires. La mise à jour économique de l’automne est un jalon de collaboration annoncé par St-Pierre Plamondon, sans accord confirmé ici. Il faudra distinguer nomination, financement, mise en œuvre et résultat mesurable.
Références principales
Élections Québec — Résultats préliminaires, instantané du 6 octobre 2026 à 0 h 30 min 38 s; calculs Claire Vue : https://donnees.electionsquebec.qc.ca/production/provincial/resultats/resultats.json. Documentation : https://www.dgeq.org/documentation.html.
Assemblée nationale — Confiance de l’Assemblée envers le gouvernement, consulté le 6 octobre 2026 : https://www.assnat.qc.ca/fr/patrimoine/lexique/confiance-de-l-assemblee-envers-le-gouvernement.html.
Élections Québec — Financement politique et allocation annuelle, consulté le 6 octobre 2026 : https://www.electionsquebec.qc.ca/comprendre/comprendre-le-financement-politique/valeurs-principes-et-caracteristiques-du-financement-politique/.
98.5 — Discours de victoire de Paul St-Pierre Plamondon, 5 octobre 2026, 23 h 37 : https://www.985fm.ca/audio/806766/je-pense-qu-on-a-redonne-le-gout-de-l-avenir-et-le-gout-du-quebec.
Associated Press, Rob Gillies — Gouvernement péquiste minoritaire, version diffusée le 6 octobre 2026 à 0 h 11 : https://isp.netscape.com/politics/story/0001/20261006/a4e8ecaa4026c46d0346e9487c5e333d.
Gouvernement du Québec — Conseil des ministres, consulté le 6 octobre 2026 : https://www.quebec.ca/premiere-ministre/equipe/conseil-des-ministres.







Commentaires