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Face-à-Face TVA 2026: ce que les cinq chefs ont réellement proposé — et ce qu’ils n’ont pas chiffré

16 sept.
11 min de lecture
Montage éditorial des cinq chefs politiques devant l’Assemblée nationale du Québec, dans une esthétique de collage imprimé.
 Les cinq chefs des principaux partis québécois se sont affrontés lors du Face-à-Face de TVA. Au-delà de la performance, leurs engagements reposent sur des hypothèses financières qui méritent d’être examinées.

Pendant près de deux heures, cinq visions du Québec se sont affrontées à TVA.


Éric Duhaime a promis de laisser davantage d’argent dans les poches des contribuables. Ruba Ghazal veut demander beaucoup plus aux grandes fortunes. Paul St-Pierre Plamondon propose de réduire la bureaucratie pour financer ses priorités. Charles Milliard refuse les baisses d’impôt immédiates et mise sur la discipline budgétaire. Christine Fréchette défend les services existants tout en promettant de retrouver l’équilibre.


Toutes ces propositions ont des chiffres derrière elles. Ce qu’on n’a presque pas entendu pendant le débat, ce sont les hypothèses nécessaires pour que ces chiffres tiennent.


À retenir


  • Les cinq partis ont publié un cadre financier, mais aucun n’offre une garantie de résultat.

  • Le PCQ propose la plus forte baisse d’impôt et les compressions les plus importantes.

  • QS mise sur un nouvel impôt sur les grandes fortunes pour financer davantage de services.

  • La CAQ, le PLQ et le PQ promettent l’équilibre grâce à des revenus ou économies encore à réaliser.

  • Le sondage éclair couronne une performance télévisuelle, pas un programme gouvernemental.



Ce dossier évoluera jusqu’au vote. Devenez Lecteur Gratuit de Claire Vue pour suivre les engagements, les corrections et les coûts qui seront précisés pendant la campagne

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Ce qui s’est réellement passé


Le Face-à-Face du 15 septembre était le premier de trois débats des chefs prévus pendant la campagne électorale québécoise.


L’émission a opposé Christine Fréchette de la Coalition avenir Québec, Paul St-Pierre Plamondon du Parti québécois, Charles Milliard du Parti libéral, Éric Duhaime du Parti conservateur et Ruba Ghazal de Québec solidaire.


Le coût de la vie et la taille de l’État ont rapidement pris plus de place que la guerre commerciale avec les États-Unis. Les chefs ont dû se positionner sur les baisses d’impôt, les services publics, la place du privé en santé, les services de garde, l’itinérance, le troisième lien Québec–Lévis, l’immigration, le français et la souveraineté.


Le format a produit des contrastes clairs, mais il a peu montré ce que chaque projet exige pour fonctionner. « Baisser les impôts » se résume en quelques secondes; le rendement incertain d’une réforme ou d’un nouvel impôt beaucoup moins. Le débat a exposé les choix politiques sans réellement tester leurs calculs.


Ce que les cinq chefs proposent réellement


Éric Duhaime : réduire fortement les impôts et la taille de l’État


Éric Duhaime a répété que le Parti conservateur était le parti des baisses d’impôt. Sa mesure centrale consiste à faire passer progressivement le montant personnel de base — la portion du revenu exemptée d’impôt provincial — de 18 952 $ à 35 242 $ d’ici 2030.


Le cadre financier du PCQ chiffre cette baisse à 24,75 milliards de dollars nets sur cinq ans et l’économie moyenne à 8 726 $ par ménage. Son financement dépend toutefois d’une transformation beaucoup plus vaste : 36,5 milliards de réductions de dépenses, auxquelles s’ajoutent des revenus projetés provenant de la déréglementation, du commerce interprovincial et des effets économiques des baisses d’impôt. Le parti reconnaît qu’une microsimulation du ministère des Finances donnerait un résultat plus précis.


En santé, Duhaime veut permettre davantage de soins privés payés par la carte-soleil. Son cadre attribue à cette mesure une amélioration budgétaire cumulative de 2,72 milliards, sans démontrer combien de personnel changerait de réseau ni quelle capacité nouvelle serait créée. Il a aussi défendu une allocation de 100 $ par semaine pour les parents qui gardent leurs enfants; le débat n’en a pas isolé le coût ni l’effet sur les listes d’attente.


Ruba Ghazal : réduire l’impôt de la majorité et taxer le patrimoine


Ruba Ghazal a défendu une redistribution beaucoup plus directe. Québec solidaire affirme vouloir réduire légèrement l’impôt de 90 % des contribuables et augmenter la contribution des revenus les plus élevés.


Le parti propose surtout un impôt annuel sur les patrimoines nets supérieurs à 25 millions de dollars. Il estime qu’il rapporterait cinq milliards par année à terme auprès d’environ 4 000 ménages. Ce revenu financerait notamment 11,8 milliards d’investissements sur quatre ans pour construire ou acquérir 50 000 logements sociaux et communautaires.


Le rendement reste une projection : il dépendra de l’évaluation des actifs, des règles contre l’évitement, des contestations et de la réaction des contribuables. Cinq milliards n’est pas une recette déjà encaissée.


Ghazal a aussi défendu des épiceries publiques et le plafonnement des marges des grandes chaînes. Le débat n’a pas précisé le nombre de magasins, leur capital initial ni le mécanisme juridique envisagé.


Paul St-Pierre Plamondon : financer les priorités par une réduction de la bureaucratie


Paul St-Pierre Plamondon a attaqué les dépenses et les structures créées sous la CAQ. Son parti propose notamment d’abolir Santé Québec, de réduire certaines taxes et de compléter le réseau des CPE.


Le cadre du PQ prévoit 6,5 milliards de nouvelles dépenses sur quatre ans, un retour à l’équilibre en 2028-2029 et 6,6 milliards d’économies liées à la bureaucratie et au « gaspillage ». La difficulté est d’identifier ce qui peut réellement disparaître sans réduire un service. Abolir Santé Québec ne supprime pas automatiquement ses fonctions de planification, de ressources humaines et d’approvisionnement; le débat n’a pas chiffré cette transition.


PSPP a également défendu l’abolition de la TVQ sur certains biens usagés, notamment les véhicules. Christine Fréchette a évalué la perte de revenus à environ 700 millions de dollars par année, tandis que le chef péquiste a insisté sur une économie pouvant atteindre 3 000 $ pour l’acheteur d’un véhicule.


Les deux chiffres peuvent être vrais : l’un décrit le coût total pour l’État, l’autre l’avantage maximal pour un acheteur. On ignore encore la distribution réelle des gains selon le revenu et la valeur du véhicule.


Charles Milliard : pas de baisse générale avant de rétablir les finances


Charles Milliard s’est opposé à une baisse générale de l’impôt des particuliers dans le contexte actuel. Il a présenté cette retenue comme une réponse au déficit et à la détérioration des finances publiques.


Le cadre libéral chiffre ses engagements à 11,9 milliards et prévoit l’équilibre en 2029-2030. Il compte resserrer certains crédits d’impôt, encadrer le jeu en ligne illégal, obtenir 4,36 milliards de transferts fédéraux supplémentaires et réaliser 6,03 milliards d’économies, notamment par la modernisation de l’État.


Le rapport du vérificateur joint au document confirme la concordance des calculs avec le modèle, mais précise qu’il ne valide ni les données sources ni les hypothèses. Une ligne budgétaire n’assure donc pas que l’économie se matérialisera au rythme prévu.


Christine Fréchette : protéger les services tout en réduisant la marge de sécurité


Christine Fréchette a refusé de promettre immédiatement de nouvelles baisses d’impôt. Elle veut d’abord atteindre l’équilibre budgétaire, puis évaluer la possibilité de réduire de nouveau le fardeau fiscal.


La CAQ défend le plafonnement de certains tarifs d’Hydro-Québec et le développement des services de garde. Son cadre chiffre les engagements à 9,2 milliards, ou 9,7 milliards avec le service de la dette. Il prévoit 4,36 milliards de transferts fédéraux additionnels, 495 millions provenant des sociétés d’État et cinq milliards d’ajustements à la provision pour éventualités.


Réduire une provision libère une marge comptable sans créer de richesse : le gouvernement conserve moins de protection contre une dépense imprévue ou une détérioration économique.


Sur le troisième lien Québec–Lévis, Fréchette a aussi livré une réponse importante précisément parce qu’elle ne promettait pas un résultat : la CAQ ne s’engage pas à commencer les travaux pendant un prochain mandat et affirme que le processus doit suivre son cours.


Cette prudence évite un échéancier artificiel, mais laisse les électeurs sans coût final, calendrier de construction ou certitude de réalisation.


Comparaison des mécanismes financiers centraux annoncés par la CAQ, le PQ, le PLQ, le PCQ et Québec solidaire.
Les montants ne sont pas directement comparables : chaque parti mise sur un mécanisme différent pour financer ses engagements.

Les acteurs et leurs intérêts


Les chefs cherchent une formule mémorable; les partis présentent leurs hypothèses comme prudentes et celles des adversaires comme irréalistes. Pourtant, chacun parie : le PCQ sur des compressions et la croissance, QS sur une nouvelle fiscalité du patrimoine, le PQ sur des économies administratives, le PLQ sur des transferts et la modernisation, la CAQ sur des transferts attendus et une provision réduite.


Les médias cherchent ensuite un gagnant. Cette question mesure l’efficacité de la soirée, mais pas la capacité de livrer un programme avec le personnel, les lois, les délais et les revenus disponibles.


Cette distinction est particulièrement importante dans une économie déjà fragilisée. Le dernier portrait de l’emploi analysé par Claire Vue montre que le Québec a perdu environ 19 000 emplois en août, même si un seul mois ne suffit pas à établir une tendance durable.



La campagne se déroule aussi pendant une guerre commerciale dont les coûts ne sont pas encore stabilisés. Les contre-tarifs canadiens commencent par être facturés aux importateurs d’ici, avant de produire — ou non — la pression politique recherchée aux États-Unis.



Chronologie utile


27 août — Déclenchement de l’élection générale québécoise prévue le 5 octobre.


30 août — La CAQ publie son cadre financier.


8 septembre — Le PCQ rend public un cadre financier de 84 pages.


11 septembre — Québec solidaire présente son cadre et son impôt sur les grandes fortunes.


13 septembre — Le PLQ publie son cadre financier.


15 septembre, avant le débat — Le PQ dévoile son cadre, qui prévoit l’équilibre en 2028-2029.


15 septembre, 20 h — Les cinq chefs participent au Face-à-Face de TVA.


16 septembre — Deuxième débat prévu à Noovo.


23 septembre — Troisième débat prévu à Radio-Canada.


5 octobre — Jour du scrutin.


Chronologie de la campagne québécoise, du déclenchement de l’élection le 27 août au scrutin du 5 octobre.
Les cadres financiers sont maintenant publiés; les débats suivants devront préciser les hypothèses avant le scrutin du 5 octobre.

Ce qui est confirmé


Les cinq chefs ont présenté des visions réellement distinctes de la fiscalité et des services publics.


Tous les principaux partis disposent maintenant d’un cadre financier. Les chiffres cités dans cet article proviennent de ces documents ou des déclarations faites pendant le débat.


Le PCQ propose la plus forte réduction fiscale et les plus grandes compressions. QS mise sur la principale nouvelle source fiscale. La CAQ, le PLQ et le PQ promettent l’équilibre selon des mécanismes différents.


Il est également confirmé que le sondage éclair Léger–Le Journal–TVA place PSPP en tête pour la performance, à 38 %, devant Fréchette à 15 %, Duhaime à 14 %, Milliard à 11 % et Ghazal à 10 %.


Ce sondage ne démontre aucun déplacement des intentions de vote. Il mesure une réaction immédiate à une émission diffusée par le groupe média qui le publie.


Ce qui fait encore débat


Les cadres financiers sont-ils vérifiés?


Ils utilisent généralement le rapport préélectoral et le simulateur du ministère des Finances, ce qui fournit une base commune. La vérification comptable peut confirmer l’addition sans garantir qu’une économie, un transfert ou un rendement fiscal se réalisera.


Les baisses d’impôt stimuleraient-elles assez l’économie?


Une baisse peut soutenir la consommation, le travail ou l’investissement. Le PCQ comptabilise ainsi la récupération d’une partie des revenus perdus, mais sa taille réelle demeure incertaine.


L’impôt sur les grandes fortunes rapporterait-il cinq milliards?


Québec solidaire fournit une cible précise. Pour l’atteindre, le gouvernement devrait évaluer les patrimoines, limiter l’évitement et résister aux contestations. Cinq milliards demeure une projection à tester.


Peut-on couper dans la bureaucratie sans toucher les services?


Des programmes peuvent se chevaucher et des contrats être renégociés. Mais si une fonction est simplement transférée ailleurs, le gouvernement déplace la dépense plutôt que de l’éliminer.


Ce que cette actualité révèle


Le débat n’a pas opposé les partis qui « savent compter » à ceux qui ne savent pas compter.


Il a opposé cinq façons de choisir ce qui mérite d’être considéré comme un revenu crédible, une économie réalisable ou une dépense prioritaire.


Un cadre financier transforme une vision en colonnes sans supprimer l’incertitude. Un milliard provenant d’une modernisation, d’un transfert attendu ou d’un nouvel impôt n’a pas la même solidité qu’un revenu déjà perçu.


Le pouvoir réside donc aussi dans la définition du chiffre. Qualifier une dépense de « bureaucratie » prépare sa suppression; présenter une provision comme une marge disponible rend acceptable la réduction du coussin; inscrire un effet économique futur comme revenu avance une conséquence attendue dans la colonne du financement. Ces choix ne sont pas nécessairement trompeurs. Ils sont politiques.


Le Face-à-Face a rendu visibles les valeurs, mais moins les risques. La meilleure performance n’est pas automatiquement le programme le plus solide; c’est celui qui a le mieux traversé le format.


Ce qu’il faudra surveiller


Le débat de Noovo permettra de voir si les chefs sont forcés de préciser leurs hypothèses plutôt que de répéter leurs meilleures lignes.


Il faudra demander à la CAQ ce qui serait protégé si sa provision pour éventualités devenait nécessaire, au PLQ quels transferts fédéraux sont déjà engagés, au PQ quelles fonctions précises disparaîtraient avec ses économies administratives, au PCQ quels programmes composent ses compressions et à QS comment son impôt sur le patrimoine serait administré.


Les prochaines semaines devront produire des données comparables : coût annuel, calendrier, bénéficiaires, financement et effet sur la dette. Les intentions de vote devront aussi être observées après plusieurs jours; un sondage immédiat mesure une réaction, pas un déplacement durable.


Poursuivre l’enquête


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Le débat a révélé les choix — pas encore leur faisabilité


Les cinq chefs ont proposé de véritables orientations. Il serait faux de prétendre que leurs programmes ne contiennent aucun chiffre.


Ce qui est démontré, c’est que les cadres reposent sur des mécanismes très différents et que le débat les a rarement exposés. Les économies fiscales, les nouvelles recettes, les compressions et les transferts sont publiés. Leur réalisation demeure à prouver.


Ce qui reste inconnu est plus important que le nom du gagnant de la soirée : quels revenus se matérialiseront, quelles économies toucheront les services et quelles promesses survivront au premier budget.


Le Face-à-Face a aidé les Québécois à voir les lignes de fracture. Il faudra maintenant suivre les chiffres jusqu’aux décisions.


Soutenez un journalisme qui vérifie les promesses après la fin du débat. Devenez membre Enquêteur de Claire Vue.

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Questions fréquentes


Qui a gagné le Face-à-Face de TVA?


Le sondage éclair Léger–Le Journal–TVA place Paul St-Pierre Plamondon en tête avec 38 % des répondants, devant Christine Fréchette à 15 % et Éric Duhaime à 14 %. Ce résultat mesure la perception immédiate de la performance. Il ne prouve pas que les intentions de vote ont changé et ne permet pas de conclure que le programme du PQ est jugé le plus crédible.


Les promesses des cinq partis sont-elles chiffrées?


Oui, les cinq principaux partis ont publié un cadre financier. Ces documents indiquent des coûts, des revenus et une trajectoire budgétaire. Ils reposent néanmoins sur des hypothèses choisies par les partis : économies administratives, transferts fédéraux, croissance, réaction des contribuables ou rendement de nouvelles mesures fiscales. Un chiffre publié facilite la vérification, mais ne garantit pas que le résultat sera atteint.


Quelle est la plus grande baisse d’impôt proposée?


Le Parti conservateur propose de faire passer le montant personnel de base à 35 242 $ d’ici 2030. Son cadre estime le coût net de cette baisse à 24,75 milliards de dollars sur cinq ans et l’économie moyenne à 8 726 $ par ménage pendant la période. Son financement dépend de compressions importantes et d’effets économiques futurs dont l’ampleur réelle demeure incertaine.


Pourquoi les économies de bureaucratie sont-elles difficiles à vérifier?


Parce qu’une structure administrative accomplit souvent des tâches qui demeurent nécessaires après son abolition. Pour réaliser une économie, il faut supprimer un poste, un contrat, un programme ou une fonction, pas seulement déplacer sa responsabilité. Les partis peuvent estimer une réduction globale, mais il faut connaître les mesures précises et leurs conséquences sur les services pour déterminer si l’économie est durable.


Références principales


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