Sierra Leone : expulsés des États-Unis, trois parents risquent le renvoi dont ils étaient protégés

Amnistie internationale demande au gouvernement sierra-léonais d’arrêter le renvoi de trois personnes transférées par les États-Unis. L’accueil présenté comme humanitaire pourrait les ramener vers les pays où des juges américains avaient reconnu un danger pour elles.
À retenir
Trois ressortissants du Togo, du Liberia et de la Côte d’Ivoire ont été transférés en Sierra Leone le 12 octobre, selon Amnistie.
Ils bénéficiaient d’une protection américaine contre le renvoi dans leur pays d’origine, pas d’une garantie de rester aux États-Unis.
Amnistie dénonce un risque immédiat de renvoi; leur retour forcé n’est pas confirmé.
Fatou Traore a quatre enfants, dont le plus jeune a trois ans. Selon Amnistie internationale, cette Ivoirienne de 43 ans vivait aux États-Unis depuis 2005 avant son transfert en Sierra Leone, le 12 octobre. Un juge américain l’avait protégée contre un renvoi en Côte d’Ivoire. Elle risque maintenant d’y être envoyée depuis un autre pays.
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Dans son appel urgent du 23 octobre, Amnistie réclame que les autorités sierra-léonaises suspendent les rapatriements et permettent l’accès à des avocats indépendants.
Un accueil humanitaire promis par les autorités
Le gouvernement sierra-léonais présente son entente avec Washington comme un dispositif encadré. Le 14 octobre, son agence de presse nationale rapportait une formation du ministère des Affaires étrangères consacrée à sa mise en œuvre « légale et humaine ». Des représentants du gouvernement et des entreprises chargées de l’opération y participaient.
Selon ce compte rendu officiel, l’entente vise seulement des ressortissants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Elle prévoit un plafond de 300 personnes par année, sans dépasser 25 par mois. Les États-Unis fournissent 1,5 million de dollars américains pour les besoins humanitaires liés à ce dispositif.
Le responsable ministériel Momodu A. Wurie y insiste sur le respect des droits fondamentaux, de la dignité et des obligations de protection. Les sujets enseignés comprennent justement les procédures à suivre lorsqu’une personne signale un danger.

La protection dépend du pays où l’on envoie la personne
Traore n’est pas seule. Reuters rapporte que le Togolais Abalo Agba et le Libérien Alfred Kamara font aussi partie des personnes dont Amnistie demande la protection. Tous trois avaient vécu plus de vingt ans aux États-Unis et y ont encore des enfants mineurs.
Leur protection américaine porte le nom de « withholding of removal » : elle bloque le renvoi vers le pays où leur vie ou leur liberté seraient menacées. Ce n’est pas l’asile et cela ne garantit pas le droit de rester aux États-Unis. Les autorités américaines peuvent chercher un autre pays de destination où ces personnes ne seraient pas menacées.
C’est là que le transfert change concrètement la situation. Washington obtient le départ d’une personne sans l’envoyer directement dans son pays d’origine. Le gouvernement qui la reçoit doit ensuite décider s’il la protège, examine sa demande ou organise un nouveau départ. La sécurité réelle dépend donc aussi de cette seconde décision.

Des personnes hébergées, mais sans libre accès aux avocats, selon Amnistie
Amnistie affirme que le groupe ne peut sortir de la résidence où il est hébergé sans escorte et n’a pas accès à des avocats indépendants. Elle fait aussi état de signalements d’intimidation pour obtenir un accord au retour. Ces accusations visent les conditions concrètes d’accueil; elles ne sont pas des conclusions judiciaires.
Reuters a sollicité le gouvernement sierra-léonais et le département d’État américain pour son reportage du 23 octobre. Aucun des deux n’avait répondu au moment de sa publication. L’absence de réponse ne prouve pas les accusations, mais elle laisse sans explication publique l’écart entre les garanties affichées et les obstacles dénoncés.
Le principe de non-refoulement interdit de transférer une personne vers un danger grave couvert par le droit international. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés rappelle que cette obligation concerne aussi les transferts indirects : un pays ne peut simplement faire passer la personne par un autre État pour éviter cette protection.
Pour ces trois parents, l’enjeu n’est donc pas seulement la destination d’un vol. C’est la possibilité de faire entendre le danger déjà reconnu avant qu’un second gouvernement décide de leur sort. Sans accès effectif à une procédure et à un avocat, l’accueil temporaire risque de devenir un passage vers le pays qu’ils avaient obtenu de ne pas rejoindre.
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Poursuivre l’enquête
L’appel urgent pour Abalo Agba, Alfred Kamara et Fatou Traore, Amnistie internationale, 23 octobre 2026 : pour lire les faits et les accusations formulés par l’organisme.
La mise en œuvre de l’entente présentée par Freetown, Amara Kargbo, Sierra Leone News Agency, 14 octobre 2026 : pour connaître les garanties et objectifs affichés par les autorités.
Sources principales
Risk of repatriation for three US deportees, Amnistie internationale, 23 octobre 2026.
Trump deportees to Sierra Leone risk being forced home, rights group says, Ayen Deng Bior, Reuters, 23 octobre 2026.
Foreign Ministry Holds Capacity-Building Training on Third-Country National Agreement, Amara Kargbo, Sierra Leone News Agency, 14 octobre 2026.
Asylum, Withholding of Removal, Convention Against Torture, ministère américain de la Justice, mise à jour le 14 décembre 2025.
Non-refoulement, Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, mise à jour le 6 mai 2026.



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