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El-Fasher : des captifs forcés à vanter la sécurité, selon Amnistie

il y a 4 jours
3 min de lecture
Une porte entrouverte laisse voir le ciel et une silhouette lointaine; des ombres de barreaux traversent le sol.
Illustration éditoriale originale générée avec l’IA pour Claire Vue, 22 octobre 2026. Une composition symbolique sur la liberté de mouvement; elle ne reconstitue aucun témoignage.

De nouveaux témoignages publiés le 22 octobre remettent en cause le discours sur un retour sans danger dans cette ville du Darfour.

À retenir

  • Amnistie rapporte des paroles rassurantes obtenues sous contrainte.

  • Les faits évoqués précèdent leur publication.

  • Un retour sûr suppose de pouvoir choisir librement.


Musa et son père, captifs des Forces de soutien rapide, devaient vanter la sécurité d’El-Fasher devant une caméra, selon le témoignage publié le 22 octobre par Amnistie internationale. Musa est un pseudonyme. Leur captivité aurait pris fin vers mai 2026.

Comment évaluer la sécurité d’un lieu si ceux qui y vivent ne peuvent pas en parler librement? Pour mieux comprendre comment vérifier les discours de pouvoir, connectez-vous gratuitement à Claire Vue.

El-Fasher : distinguer la conquête et le retour

Les Forces de soutien rapide sont un groupe paramilitaire en guerre contre l’armée soudanaise. Elles ont pris El-Fasher, au Darfour, le 26 octobre 2025, après environ 18 mois de siège. Contrôler la ville leur donne un pouvoir direct sur les déplacements des civils qui s’y trouvent.

Dans son rapport du 1er juillet 2026, Amnistie avait documenté des attaques contre les civils pendant la campagne de conquête. L’organisation s’appuyait notamment sur 247 entretiens et l’analyse de 89 vidéos, avec des images satellites. Elle concluait à des crimes contre l’humanité et à un nettoyage ethnique, soit une campagne visant à chasser certaines populations en raison de leur appartenance ethnique. Ce sont les conclusions de son enquête, et non un jugement pénal.

Selon Amnistie, les paramilitaires présentent la ville comme sûre pour les retours. Sa nouvelle publication repose sur 25 entretiens d’août et septembre 2026. Elle rapporte une surveillance des échanges entre habitants et humanitaires. L’organisation dit n’avoir reçu aucune réponse à sa lettre du 9 octobre au groupe armé.

Vue aérienne d’El-Fasher : maisons, rues et grands bâtiments répartis sur un terrain aride.
Photographie d’archives : El-Fasher, novembre 2010, Fraktion DIE LINKE. im Bundestag. Photographie et provenance, licence CC BY 2.0. Image non modifiée, présentée à sa résolution d’origine; elle ne montre pas l’état de la ville en 2026.

La sécurité ne se démontre pas par une vidéo

Une déclaration sous contrainte ne permet pas à une famille d’évaluer librement les dangers d’un retour.

Claire Vue n’a pas vérifié indépendamment ce témoignage. Aucun nombre de retours attribuables aux vidéos n’est établi.

Pour évaluer un retour, il existe un repère concret. Les Principes directeurs des Nations Unies sur les déplacements internes, présentés en 1998, prévoient un choix volontaire, dans la sécurité et la dignité. Ils demandent aussi la participation des personnes déplacées à la préparation de leur retour. Ces repères ne constituent pas un traité.

Trois critères de retour selon les Principes directeurs des Nations Unies : choix volontaire, sécurité et dignité, accès humanitaire.
Schéma explicatif original : Claire Vue, 22 octobre 2026, CC BY 4.0. Source : Principes directeurs des Nations Unies, 1998, principes 15, 28 et 30. Repères qui ne constituent pas un traité.

Ce qu’il faudra vérifier sur place

Le reportage précédent de Claire Vue sur l’aide au Darfour et au Kordofan examinait l’accès à la nourriture et aux secours. L’enjeu présent touche aussi la possibilité d’obtenir une information fiable avant de retourner chez soi.


Les critères à surveiller sont donc des conditions observables : accès indépendant des humanitaires, entretiens confidentiels avec les habitants et liberté de mouvement. Une visite encadrée ne suffirait pas, à elle seule, à établir ces trois conditions.

Les témoignages mettent en cause un pouvoir exercé à la fois sur les déplacements et sur la parole. Pour les familles qui ont fui, le prochain fait déterminant sera la possibilité de vérifier librement les conditions d’un retour. Leur décision engage leur lieu de vie et leur sécurité.

Poursuivre l’enquête

Pour approfondir les mécanismes de pouvoir et leurs effets sur les populations, Devenir Membre Enquêteur donne accès à l’intégralité des enquêtes Claire Vue.

Sources principales

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