Trump demande à l’Ukraine d’épargner les raffineries russes : quand le prix du diesel redéfinit la guerre
Dernière mise à jour : 15 sept.

L’Ukraine frappe les installations qui alimentent l’économie et l’armée russes. Le président américain lui demande maintenant d’arrêter, parce que les répercussions atteignent les pompes, les camions et les électeurs aux États-Unis.
Le message révèle une tension rarement formulée aussi directement : Washington veut affaiblir la Russie, mais pas au prix d’une pénurie mondiale de carburant.
Ce conflit ne se déroule donc pas seulement sur le territoire ukrainien. Il traverse les raffineries russes, le détroit d’Ormuz, les marchés du pétrole et le portefeuille des consommateurs occidentaux.
À retenir
Donald Trump a demandé à Volodymyr Zelensky, le 13 septembre, de cesser les frappes contre les installations russes produisant et distribuant du diesel.
La Russie a interdit ses exportations de diesel en juillet après des frappes répétées, des pénuries intérieures et du rationnement.
Les attaques ukrainiennes aggravent la pénurie, mais ne l’expliquent pas seules : les exportations de diesel du Golfe ont aussi chuté.
Le dernier relevé officiel américain plaçait le diesel routier à 5,967 $ US le gallon le 7 septembre; un autre indicateur cité par AP l’a ensuite placé au-dessus de 6 $.
Rien ne confirme que l’Ukraine a accepté la demande américaine ou suspendu ses opérations contre les raffineries russes.
Ce qui vient de se passer
Le 13 septembre, pendant un déplacement en Irlande, Donald Trump a affirmé avoir parlé à Volodymyr Zelensky des frappes ukrainiennes contre l’industrie pétrolière russe.
Le président américain lui a demandé de ne plus viser les infrastructures servant à produire et à distribuer du diesel. Il a ajouté qu’il existait « beaucoup d’autres cibles » et que les attaques actuelles nuisaient au monde.
La déclaration est confirmée par Reuters et l’Associated Press. Elle ne constitue toutefois ni un ordre juridiquement contraignant, ni une nouvelle entente militaire, ni l’annonce d’une suspension de l’aide américaine.
Au moment de la vérification, Zelensky n’avait pas publiquement accepté de modifier la campagne ukrainienne.
L’Ukraine utilise depuis plusieurs mois des drones à longue portée contre des raffineries, des dépôts et d’autres installations énergétiques russes. Kyiv soutient que cette industrie fournit du carburant aux forces russes et procure des revenus à l’État qui mène l’invasion.
Ces frappes ont produit des effets mesurables. Reuters rapporte une réduction de la production russe et des pénuries d’essence. AP documente du rationnement ainsi que l’interdiction des exportations de diesel imposée par Moscou en juillet.
Le même jour que la déclaration de Trump, l’Ukraine a revendiqué une frappe contre la raffinerie de Slaviansk-sur-Kouban, dans la région russe de Krasnodar. Les autorités locales ont signalé trois blessés et des dommages à un oléoduc.
D’autres attaques ont touché la région industrielle du Tatarstan. Deux civils y ont été tués, selon les autorités russes rapportées par AP. L’étendue exacte des dommages industriels n’était pas établie indépendamment.
Pendant ce temps, la Russie poursuit ses attaques contre le réseau électrique, les ports et d’autres infrastructures ukrainiennes. La demande américaine ne s’accompagne d’aucune annonce indiquant que Moscou cesserait de viser le système énergétique ukrainien.
Les acteurs et leurs intérêts
Trump veut réduire un coût devenu intérieur
La demande américaine intervient alors que le prix du diesel atteint un sommet aux États-Unis.
Selon l’Energy Information Administration, le prix national moyen du diesel routier s’élevait à 5,967 $ US le gallon le 7 septembre, une hausse de 36,8 cents en une semaine. Il dépassait déjà 6 $ dans plusieurs régions et atteignait 7,764 $ en Californie.
AP rapporte que l’indicateur quotidien de GasBuddy a ensuite fait passer la moyenne nationale au-dessus de 6 $.
Le diesel alimente les camions, les trains, certaines machines agricoles et une partie du transport maritime. Sa hausse peut donc entrer dans le prix d’une grande variété de marchandises, même pour les ménages qui n’en achètent jamais directement.
Cette pression survient avant les élections américaines de mi-mandat de novembre. Il serait exagéré d’affirmer que la campagne électorale explique à elle seule la déclaration de Trump. Il est néanmoins confirmé que le coût du carburant est devenu un enjeu économique immédiat pour son gouvernement.

L’Ukraine cherche une cible qu’elle peut atteindre
L’Ukraine possède moins de moyens pour frapper les forces russes en profondeur que la Russie n’en possède pour attaquer le territoire ukrainien.
Les infrastructures pétrolières offrent une cible différente. Elles sont fixes, réparties sur un vaste territoire et indispensables à l’économie russe. Une interruption peut réduire l’offre de carburant, mobiliser des systèmes de défense aérienne et imposer des coûts de réparation.
Les raffineries russes remplissent toutefois plusieurs fonctions à la fois. Elles alimentent l’armée, les entreprises et les consommateurs civils. Les conséquences ne se limitent donc pas au champ de bataille.
Kyiv présente ces installations comme des cibles militaires légitimes. Cette position ne permet pas de déclarer toutes les raffineries automatiquement licites ou illicites comme cibles : l’usage précis de l’installation, l’avantage militaire attendu et les effets civils doivent être évalués dans chaque opération.
Moscou veut préserver ses revenus et son carburant
Le pétrole brut possède peu d’utilité directe pour un camion ou un char. Il doit être raffiné pour devenir du diesel, de l’essence, du carburant d’aviation ou d’autres produits.
Endommager une raffinerie ne retire donc pas nécessairement le pétrole russe du sol. La frappe réduit plutôt la capacité de le transformer en carburant utilisable ou exportable.
Pour Moscou, la priorité consiste à ravitailler le marché intérieur, l’économie et les forces armées. Lorsque la production diminue, limiter les exportations permet de conserver davantage de carburant au pays.
Ce choix déplace toutefois la pénurie vers les autres acheteurs. La Russie protège son approvisionnement intérieur en retirant des volumes d’un marché mondial déjà serré.
Les acheteurs dépendent d’un système concentré
La Russie n’est pas seule à expliquer le manque de diesel.
Le rapport de septembre de l’Agence internationale de l’énergie estime que les exportations nettes de diesel et de gasoil des pays du Golfe n’atteignaient que 390 000 barils par jour en août, soit un peu plus du quart de leur niveau antérieur à la guerre avec l’Iran.
Les perturbations russes se sont ajoutées à cette perte.
En février, la Russie et les pays du Golfe représentaient ensemble presque 45 % du commerce maritime mondial de diesel et de gasoil. En août, leurs exportations nettes combinées avaient diminué de 1,6 million de barils par jour.
Comme l’a montré l’enquête de Claire Vue sur la guerre autour d’Ormuz, une route maritime perturbée peut imposer un coût bien au-delà des pays directement engagés dans les combats.
Chronologie utile
Février 2026 — Le conflit avec l’Iran réduit progressivement la circulation et les exportations pétrolières du Golfe.
Printemps et été — L’Ukraine intensifie ses attaques à longue portée contre des raffineries et des dépôts russes.
Juillet — Moscou interdit les exportations de diesel afin de répondre aux pénuries et au rationnement en Russie.
Août — Les exportations de diesel et de gasoil du Golfe tombent à un peu plus du quart de leur niveau d’avant-guerre. Les interruptions russes aggravent le manque.
7 septembre — Le relevé hebdomadaire de l’EIA place le diesel routier américain à 5,967 $ le gallon.
11 septembre — L’AIE publie son rapport décrivant un système mondial de raffinage poussé à ses limites.
13 septembre — Trump demande à Zelensky de cesser les attaques contre la production russe de diesel. L’Ukraine revendique une nouvelle frappe contre une raffinerie.
Ce qui est confirmé
Trump a formulé publiquement sa demande et affirmé en avoir discuté avec Zelensky.
Les frappes ukrainiennes ont perturbé le raffinage russe et contribué au recul des exportations de produits pétroliers. Les pénuries et les mesures de rationnement en Russie sont également documentées.
Le prix américain du diesel a fortement augmenté. Le niveau précis varie toutefois selon la date, la région et le fournisseur de données. La moyenne hebdomadaire officielle de l’EIA demeurait légèrement sous 6 $ le 7 septembre; l’indicateur quotidien cité par AP a franchi ce seuil plus tard dans la semaine.
Il est aussi confirmé que la pénurie possède plusieurs causes. Les pertes russes s’ajoutent à une réduction encore plus importante des flux provenant du Golfe.
Enfin, la Russie continue d’attaquer des infrastructures énergétiques et civiles ukrainiennes. La déclaration américaine n’annonce aucune retenue réciproque de Moscou.
Ce qui fait encore débat
Les frappes contre les raffineries russes expliquent-elles la pénurie?
Elles y contribuent, mais l’affirmation de Trump attribuant essentiellement le manque à la guerre entre la Russie et l’Ukraine est incomplète.
L’AIE identifie deux foyers majeurs de perturbation : le système de raffinage russe et les exportations du Golfe. Ces dernières ont été réduites par la guerre avec l’Iran et les difficultés de circulation à Ormuz.
Les stocks mondiaux ont aussi diminué, tandis que les raffineries des autres régions augmentent leur production pour profiter de marges exceptionnellement élevées.
Isoler une cause unique ne correspond donc pas aux données disponibles.
L’Ukraine peut-elle conserver le même effet militaire autrement?
Trump affirme qu’il existe de nombreuses autres cibles. Il ne les a pas identifiées publiquement.
Une cible de remplacement n’aurait pas nécessairement le même effet sur la logistique, les revenus ou la défense russes. Elle pourrait aussi présenter davantage de risques militaires ou civils.
La véritable question n’est pas simplement de savoir si l’Ukraine possède d’autres cibles. Il faut déterminer si Washington propose une stratégie de remplacement capable de produire un avantage comparable sans aggraver la pénurie.
Aucun plan de cette nature n’a été rendu public.
Washington change-t-il de position sur la guerre?
La déclaration marque une limite précise, mais pas nécessairement un renversement complet.
Les États-Unis n’ont pas annoncé l’arrêt de leur aide à l’Ukraine ni reconnu un droit général de la Russie à protéger son industrie énergétique. Trump demande plutôt à Kyiv d’épargner une catégorie d’infrastructures parce que les conséquences économiques atteignent le reste du monde.
Il s’agit d’une pression politique réelle. Ce n’est pas encore une nouvelle politique militaire détaillée.
Le prix du diesel redescendrait-il si les frappes cessaient?
Pas automatiquement.
Même si la Russie réparait ses raffineries et reprenait ses exportations, les flux du Golfe demeureraient fortement réduits. Les stocks ont diminué et le système mondial de raffinage fonctionne près de ses limites.
Un cessez-le-feu énergétique pourrait retirer une source de pression. Il ne réparerait ni Ormuz, ni les routes maritimes attaquées, ni les autres capacités de raffinage indisponibles.
Ce que cette actualité révèle
Le soutien entre alliés possède un seuil économique.
Tant que les attaques ukrainiennes réduisent les capacités russes sans coût visible pour les électeurs américains, elles peuvent être perçues comme un moyen d’affaiblir Moscou. Lorsque le prix du diesel franchit un seuil politiquement dangereux, la même opération devient un problème que Washington demande à Kyiv de corriger.
Cette évolution révèle l’asymétrie de l’alliance.
L’Ukraine décide de ses cibles, mais elle dépend de l’appui militaire, diplomatique et financier de partenaires plus puissants. Les États-Unis ne contrôlent pas directement chaque drone. Ils peuvent toutefois utiliser leur aide et leur influence pour réduire l’espace de décision ukrainien.
Cette mécanique ressemble à celle décrite dans l’analyse de Claire Vue sur la capacité de Trump à influencer le huard : une puissance n’a pas besoin de posséder formellement le mécanisme qu’elle veut orienter. Une menace, une déclaration ou une dépendance suffisante peut modifier les décisions avant qu’une contrainte juridique apparaisse.
Le dossier révèle aussi la fragilité du marché énergétique.
Presque 45 % du commerce maritime de diesel et de gasoil provenait, avant les perturbations, de deux ensembles géopolitiquement exposés : la Russie et les pays du Golfe. Quand les deux sources diminuent simultanément, les autres raffineries ne disposent pas nécessairement de la capacité, du brut approprié ou des routes nécessaires pour combler rapidement le manque.
Le diesel transforme enfin un conflit lointain en coût intérieur.
Un gouvernement peut soutenir une stratégie militaire en principe et la remettre en question lorsque le carburant augmente le prix du transport, de l’agriculture et des marchandises. La chaîne reliant un drone ukrainien à une élection américaine est indirecte, mais elle est maintenant visible.
Ce qu’il faudra surveiller
La première question est opérationnelle : l’Ukraine diminuera-t-elle réellement ses attaques contre les raffineries russes?
Il faudra ensuite distinguer une courte pause d’un changement de doctrine. Une diminution temporaire peut résulter de la météo, de la disponibilité des drones, de la défense russe ou d’un choix de cibles, sans constituer une entente avec Washington.
Une réponse officielle de Zelensky permettrait de savoir si Kyiv accepte le diagnostic américain, le conteste ou demande des compensations militaires.
Le prochain relevé de l’EIA, prévu le 15 septembre, montrera si le diesel américain poursuit sa hausse. Les données canadiennes devront aussi être surveillées, mais aucun effet précis sur les prix au Canada ne peut encore être attribué à la déclaration de Trump.
Enfin, une reprise des exportations russes ou une amélioration des flux à Ormuz permettrait de séparer les différentes causes de la pénurie.
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Une limite américaine, pas encore une nouvelle règle de guerre
Ce qui est démontré est précis.
Trump a demandé à Zelensky d’épargner les raffineries russes. Les frappes ukrainiennes ont réduit la production et les exportations de carburant russe. Le diesel a atteint un niveau exceptionnel aux États-Unis.
Ce qui n’est pas démontré demeure déterminant.
Rien n’indique que l’Ukraine a accepté la demande. Rien ne permet d’attribuer toute la pénurie aux frappes ukrainiennes. Aucun mécanisme n’oblige parallèlement la Russie à cesser ses attaques contre le réseau énergétique de l’Ukraine.
La déclaration révèle néanmoins un déplacement du rapport de force. Le prix du diesel ne se contente plus de refléter la guerre : il commence à dicter quelles parties de l’économie russe un allié de l’Ukraine souhaite voir épargnées.
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Questions fréquentes
Pourquoi l’Ukraine frappe-t-elle les raffineries russes?
L’Ukraine affirme que l’industrie pétrolière russe fournit du carburant aux forces armées et procure des revenus à l’État qui finance l’invasion. Les raffineries sont aussi des installations fixes pouvant être atteintes à grande distance. Leur destruction affecte toutefois les consommateurs civils, les exportations et le marché mondial. Leur statut ne peut pas être déterminé en bloc : les circonstances et les usages de chaque installation comptent.
Les frappes ukrainiennes sont-elles la seule cause de la pénurie de diesel?
Non. L’Agence internationale de l’énergie affirme que les perturbations russes aggravent une pénurie déjà alimentée par la forte réduction des exportations du Golfe. En août, les pays du Golfe exportaient seulement un peu plus du quart de leur volume antérieur à la guerre avec l’Iran. Les stocks en baisse et les limites du système mondial de raffinage ajoutent aussi de la pression.
L’Ukraine a-t-elle accepté la demande de Trump?
Aucune acceptation publique n’était confirmée au moment de la vérification. Trump affirme avoir parlé du sujet avec Volodymyr Zelensky, mais aucune entente, nouvelle directive militaire ukrainienne ou suspension officielle des frappes n’a été annoncée. Il faudra observer les opérations des prochaines semaines et attendre une réponse formelle de Kyiv avant de conclure à un changement stratégique.
Quel effet cette crise peut-elle avoir au Canada?
Le marché du diesel est international. Une offre mondiale réduite peut augmenter le coût du carburant, du transport routier, de l’agriculture et de certaines marchandises au Canada. L’ampleur dépendra toutefois des stocks, des capacités de raffinage nord-américaines, du taux de change et des contrats d’approvisionnement. Aucun effet canadien précis ne peut encore être attribué uniquement à la demande formulée par Trump.
Références principales
Reuters — Trump tells Ukraine’s Zelenskiy to stop hitting Russian diesel, 13 septembre 2026.
Associated Press — Trump calls on Ukraine to halt strikes on Russian diesel fuel, 13 septembre 2026.
Agence internationale de l’énergie — Oil Market Report, septembre 2026, 11 septembre 2026.
Wikimedia Commons — Heydar Aliyev Baku Oil Refinery in 2025, Aykhan Zayedzadeh, CC BY 4.0.jpg).







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