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Intégrité du vote au Québec : dix comptes concentrent l’attention sur les réseaux sociaux

il y a 17 heures
8 min de lecture
Une immense notification avec un cœur orange surplombe dix profils anonymes et projette son ombre sur une multitude d’autres profils.
Dix comptes récoltent 54 % des mentions « J’aime » sur les publications étudiées concernant l’intégrité électorale au Québec. Illustration conceptuelle Claire Vue

Dix comptes récoltent 54 % des mentions « J’aime » sur les publications concernant l’intégrité de l’élection québécoise, selon une étude publiée le 2 octobre. Ce résultat révèle une concentration des réactions, pas l’opinion de la population. Pour comprendre la campagne, il faut distinguer ceux qui parlent, ceux qui obtiennent l’attention et ceux qui votent.


À retenir


  • Dix comptes concentrent 54 % des « J’aime » du corpus sur l’intégrité électorale.

  • Les comptes qui publient le plus ne sont pas nécessairement ceux qui obtiennent le plus de réactions.

  • Cette concentration touche aussi les réfutations; elle ne prouve ni manipulation ni coordination.



Une discussion ouverte, une attention concentrée


Lorsqu’une inquiétude électorale revient souvent dans notre fil, on peut avoir l’impression qu’elle traverse toute la campagne. Mais les publications que l’on rencontre ne constituent pas un sondage.


Dans sa mise à jour du 2 octobre, l’Observatoire de l’écosystème médiatique, au Centre pour les médias, la technologie et la démocratie de McGill, distingue la production de contenu des réactions qu’il reçoit.


Les dix comptes les plus actifs produisent 8,3 % des publications concernant l’intégrité électorale. Les dix comptes qui reçoivent le plus de mentions « J’aime », eux, en récoltent 54 %.


Ces deux classements répondent à des questions différentes. Le premier repère qui publie beaucoup. Le deuxième repère qui obtient le plus d’engagement. On ne peut pas les fusionner pour affirmer que dix personnes produisent peu de contenu tout en contrôlant la moitié du débat.


La découverte est ailleurs : la participation à une discussion et la distribution de ses réactions peuvent être très différentes. Beaucoup de comptes peuvent contribuer, tandis qu’une petite partie récolte l’essentiel de l’engagement.


Le rapport identifie 5 034 publications sur l’intégrité électorale, provenant de 2 447 comptes. Ces publications représentent 5,4 % des 92 706 contenus électoraux analysés dans cette partie de l’étude.


Ce pourcentage ne mesure pas la part de la population inquiète. Il mesure la place du sujet dans un ensemble de publications sélectionnées. Une préoccupation peut occuper peu de publications et demeurer importante pour certaines personnes. Inversement, un sujet très publié ne devient pas automatiquement une inquiétude majoritaire.


Ce que le chiffre de 54 % mesure vraiment


Le mot « attention » est commode, mais la mesure utilisée est plus précise : les mentions « J’aime ».


Ce ne sont ni toutes les réactions, ni toutes les vues, ni une mesure de portée. Le chiffre ne dit pas combien de personnes différentes ont rencontré ces contenus, combien les ont lus ou combien ont changé d’avis.


On peut aimer plusieurs publications. On peut suivre plusieurs comptes. Et on peut prendre connaissance d’un contenu sans laisser de réaction. Transformer un total de mentions « J’aime » en nombre d’électeurs convaincus produirait donc un chiffre que l’étude ne fournit pas.


L’Observatoire utilise cet indicateur parce qu’il est disponible sur l’ensemble des plateformes étudiées. Il précise toutefois que son usage n’est pas nécessairement comparable d’une plateforme à l’autre.


La distinction change aussi le sens de l’affirmation « dix comptes dominent le débat ». Les résultats montrent une domination dans la distribution d’un indicateur d’engagement. Ils ne démontrent pas que ces comptes contrôlent tout ce que l’électorat voit.


Le même besoin de préciser la mesure apparaît lorsqu’on lit les sondages et les projections de sièges. Une intention de vote, une projection et un résultat électoral répondent à trois questions différentes. Ici, une publication, une mention « J’aime » et une opinion déclarée doivent aussi rester distinctes.


Les dix comptes recevant le plus de mentions J’aime en récoltent 54 %; les autres comptes, 46 %.
Les dix comptes les plus aimés récoltent 54 % des J’aime du corpus. Graphique Claire Vue; données : Observatoire de l’écosystème médiatique, CMTD, 2 octobre 2026.

Instagram et TikTok : une concentration encore plus forte


La proportion des « J’aime » concentrée chez les dix comptes qui en obtiennent le plus atteint 83 % sur Instagram et 80 % sur TikTok. Sur X, elle est de 26 %.


Il s’agit de classements par plateforme. Le rapport ne permet pas de présumer que les mêmes dix comptes occupent chaque classement.


Ces écarts montrent que la distribution des réactions varie beaucoup selon l’espace observé. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’en expliquer la cause.


La taille des audiences, les formats, les habitudes des utilisateurs et les recommandations des plateformes sont des explications possibles. Pour déterminer leur contribution respective, il faudrait des données supplémentaires.


Le rapport ne mesure pas directement le rôle des algorithmes dans le résultat de 54 %. Il serait donc excessif d’écrire qu’un algorithme a fabriqué une crise électorale ou volontairement privilégié certains récits.


On peut plutôt constater un résultat : sur certains espaces, les mentions « J’aime » se concentrent fortement. La question suivante devient celle des mécanismes qui produisent cette concentration.


Les comptes dominants ne diffusent pas tous nécessairement des accusations


Le corpus regroupe plusieurs types de publications : celles qui formulent des allégations, celles qui en rendent compte et celles qui les contestent.


Un reportage sur une accusation entre donc dans la discussion sur l’intégrité électorale sans nécessairement soutenir cette accusation. Une correction officielle peut aussi obtenir beaucoup de réactions.


L’étude en fournit un exemple : une vidéo TikTok d’Élections Québec sur le crayon de plomb et le dépouillement récolte 65 % des mentions « J’aime » associées à l’ensemble des contenus de réfutation analysés.


La concentration peut donc profiter à une explication institutionnelle. Elle ne constitue pas, en soi, un diagnostic de désinformation.


Cette précision évite d’attribuer une intention aux dix comptes les plus populaires. La synthèse publiée ne fournit pas leur liste nominative. On ne peut pas décider, sur la seule base du pourcentage, qu’il s’agit de militants, de médias, de candidats ou d’un réseau coordonné.


Il faut également examiner chaque affirmation sur son fond. Les interrogations sur l’accès à l’information électorale et les accusations de fraude ne sont pas interchangeables. Une préoccupation légitime ne devient pas fausse parce qu’elle obtient beaucoup de réactions.


Le rappel d’Élections Québec du 29 septembre sur le secret du vote illustre l’importance de retourner aux règles originales : l’organisme distingue l’interdiction ordinaire d’utiliser le téléphone dans un lieu de vote de l’absence de sanction pour une personne qui diffuse une photo de son propre bulletin. Une formule catégorique peut effacer cette nuance.


Ce bruit se retrouve-t-il dans l’opinion publique?


L’Observatoire a aussi sondé 1 956 personnes au Québec, du 28 août au 1er octobre, à partir du panel en ligne de Léger.


Dans ce sondage, 62 % se disent très ou extrêmement confiantes qu’Élections Québec mènera l’élection avec intégrité et neutralité.


Ce résultat n’annule pas les préoccupations sur l’influence étrangère. Une personne peut faire confiance au dépouillement et croire que des acteurs étrangers tentent d’influencer la discussion politique.


Le rapport ne détecte pas non plus de hausse de la préoccupation envers l’ingérence étrangère dans la dernière semaine observée, malgré la reprise du sujet dans l’actualité.

On ne peut toutefois pas en conclure que les publications n’ont eu aucun effet. Les personnes sondées ne sont pas nécessairement celles qui ont rencontré les contenus les plus populaires. L’étude n’établit pas un lien individuel entre exposition, réaction et changement d’opinion.


Le sondage repose en outre sur un échantillon non probabiliste pondéré. Il apporte un éclairage sur les perceptions, avec les limites de cette méthode.


Les chiffres des plateformes et ceux du sondage ne se contredisent donc pas. Ils décrivent des objets différents. Le problème commence lorsqu’on utilise les premiers comme raccourci pour parler des seconds.


Qui détient le pouvoir de rendre une question visible?


Les chercheurs décrivent la distribution des publications et des réactions. Les comptes obtiennent une place plus ou moins importante dans cette distribution. Les plateformes établissent les conditions de circulation des contenus.


TikTok a d’ailleurs présenté le 20 septembre ses mesures pour les élections au Canada. L’entreprise affirme notamment pouvoir empêcher la recommandation de certaines informations non vérifiées pendant un dépouillement.


Il s’agit de règles annoncées par une entreprise directement intéressée au dossier. Ce communiqué ne constitue pas une évaluation indépendante de leur efficacité. Il montre cependant que la recommandation d’un contenu et son existence sur une plateforme sont deux décisions distinctes.


L’étude québécoise ne permet pas de relier ces règles aux pourcentages observés. Elle ouvre plutôt une question de gouvernance : quelles informations seraient nécessaires pour expliquer pourquoi certains contenus obtiennent beaucoup plus de réactions que d’autres?


Le dispositif médiatique compte aussi en dehors des plateformes. Notre analyse du format du débat des chefs examine comment les conditions d’une prise de parole influencent ce que le public peut en retenir.


Ce que cette actualité révèle


Le mécanisme démontré est une concentration de l’engagement. L’accès à la publication ne garantit pas une distribution égale des réactions.


Cela change la manière de raconter une campagne. Avant de qualifier une inquiétude de généralisée, il faut préciser sur quoi repose cette conclusion : un sondage, des incidents documentés ou l’activité de certains comptes.


La synthèse laisse aussi des questions ouvertes. Elle ne nomme pas les dix comptes dominants et ne permet pas de reproduire ici leur classement à partir de données brutes. Sa présentation des résultats et sa méthodologie mentionnent par ailleurs des dates de début différentes pour les corpus. Il faut éviter d’attribuer une fenêtre unique à toutes les mesures.


Ces limites n’effacent pas les résultats publiés. Elles circonscrivent ce qu’on peut en faire : décrire une concentration mesurée, sans lui attribuer une origine ou une intention non démontrée.


Après le scrutin, suivre les preuves plutôt que la répétition


Le 5 octobre, puis après l’annonce des résultats, il faudra distinguer les irrégularités officiellement documentées des accusations simplement reprises en ligne.


Un prolongement utile de l’étude consisterait à identifier les comptes dominants, à distinguer leurs contenus d’information, d’allégation et de réfutation, puis à comparer les « J’aime » aux vues et aux audiences uniques lorsque ces données sont accessibles.


Pour établir une coordination, il faudrait d’autres preuves : des liens entre les comptes, des directives communes, une infrastructure partagée ou un comportement artificiel documenté. Un classement d’engagement ne suffit pas.


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Les données publiées montrent que quelques comptes concentrent une grande part des mentions « J’aime » sur l’intégrité électorale. Elles ne démontrent ni un contrôle de l’opinion publique ni une opération coordonnée.


Le point à retenir pour lire la suite de la campagne est concret : un sujet très présent dans notre fil doit encore être évalué selon ses preuves et son ampleur réelle dans la population.


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Questions fréquentes


Que signifie le chiffre de 54 %?


Il désigne la part des mentions « J’aime » récoltées par les dix comptes qui en obtiennent le plus dans le corpus sur l’intégrité électorale. Il ne concerne pas tous les sujets de campagne. Il ne représente ni 54 % des Québécois, ni 54 % des vues, ni l’ensemble des réactions. Les dix comptes les plus actifs constituent un autre classement.


Cette concentration prouve-t-elle une manipulation?


Non. Elle décrit une répartition inégale des réactions. Pour démontrer une manipulation ou une coordination, il faudrait des preuves supplémentaires sur les liens et les comportements des comptes. Des médias et des institutions peuvent aussi concentrer l’engagement. L’étude relève notamment une forte concentration des mentions « J’aime » autour d’une vidéo de réfutation publiée par Élections Québec.


Pourquoi ne pas utiliser les « J’aime » comme un sondage?


Les personnes qui réagissent à une publication ne constituent pas un échantillon représentatif de la population. Une même personne peut réagir à plusieurs contenus et beaucoup de lecteurs ne réagissent jamais. Les plateformes et les comptes ont aussi des audiences différentes. Pour mesurer une opinion, il faut poser une question définie à un échantillon et présenter les limites de la méthode.


Sait-on quels sont les dix comptes?


La synthèse consultée ne fournit pas leur liste nominative. Elle présente les résultats agrégés et la méthode générale. On ne peut donc pas attribuer les 54 % à un parti, à une organisation ou à une catégorie de comptes. Obtenir les classements et les données nécessaires à leur reproduction serait une prochaine étape pour comprendre qui concentre les réactions.


Références principales



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