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Gaza : un immeuble bombardé s’effondre presque un an après le cessez-le-feu

16 sept.
10 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 sept.

Un immeuble endommagé se transforme en couches de papier et de gravats sous une ligne symbolisant un cessez-le-feu.
À Gaza, des familles vivent toujours dans des immeubles endommagés faute d’abris et de reconstruction suffisants. Illustration : Claire Vue. Sources documentaires : Reuters, AP et PNUD.

Les bombardements ne tuent pas seulement au moment de l’explosion.


Dans la nuit du 15 au 16 septembre, un immeuble résidentiel de sept étages s’est effondré à Gaza pendant que plusieurs familles déplacées y dormaient. Le bâtiment avait été lourdement endommagé plus tôt dans la guerre.


Des dizaines de personnes se trouvaient encore sous les décombres lorsque les premiers bilans ont été publiés. Les secouristes fouillaient parfois à mains nues, faute d’équipement lourd.


La scène révèle ce que le mot « cessez-le-feu » peut cacher : lorsqu’un territoire demeure couvert de structures instables et privé de reconstruction, les destructions passées continuent de produire de nouvelles victimes.

À retenir


  • Reuters rapportait au moins 12 morts; l’Associated Press en comptait 16 dans un bilan publié plus tard.

  • Le bâtiment hébergeait plusieurs familles déplacées malgré son état dangereux.

  • Environ 2 000 immeubles endommagés seraient encore habités à Gaza.

  • Le responsable local du Programme des Nations unies pour le développement estime qu’environ 400 structures risquent de s’effondrer.

  • L’ONU évalue les débris à environ 61 millions de tonnes et estime que leur enlèvement pourrait demander sept ans.



Ce qui vient de se passer


L’immeuble s’est effondré pendant la nuit à Gaza.


Selon Reuters, la défense civile palestinienne comptait initialement 12 morts, dont cinq enfants, et 14 blessés. Près de 100 personnes auraient pu se trouver sous les décombres.


L’Associated Press a ensuite rapporté 16 morts, dont au moins 12 femmes et enfants. Cette divergence ne signifie pas nécessairement que l’une des sources est erronée : les bilans ont été recueillis à des moments différents pendant une opération de recherche toujours en cours.


Reuters rapporte qu’au moins dix familles vivaient dans le bâtiment. AP parle de six familles déplacées. Les sources peuvent utiliser une définition différente du ménage ou disposer de renseignements recueillis à des étapes distinctes.


Ce qui ne fait pas de doute est que l’immeuble était connu comme dangereux. Les résidents n’y habitaient pas parce qu’ils le considéraient sécuritaire, mais parce que les autres options étaient elles-mêmes précaires : camps surpeuplés, tentes insuffisantes ou absence de logement.


Immeuble endommagé et voiture dans la rue Al Wahda à Gaza, photographiés en février 2025.
Un bâtiment endommagé sur la rue Al Wahda à Gaza, le 27 février 2025. Photo : Hla.bashbash / Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Le sauvetage se fait sans les outils nécessaires


Des secouristes de la défense civile, des organismes des Nations unies et une agence de secours égyptienne ont participé aux recherches.


Le responsable du PNUD à Gaza a décrit des personnes creusant à mains nues faute d’excavatrices et de machinerie adaptée.


Les responsables palestiniens et onusiens attribuent cette pénurie aux restrictions israéliennes sur l’entrée de matériel lourd. Israël affirme que ses contrôles cherchent à empêcher que des équipements puissent être utilisés par des groupes armés.


La préoccupation sécuritaire existe. Elle ne supprime pas la conséquence observable : des équipes tentent d’atteindre des personnes ensevelies sans disposer de tous les outils nécessaires.


Cette absence de machinerie touche aussi l’inspection, la démolition contrôlée et l’enlèvement des débris. Le même appareil qui pourrait sauver une personne sous un immeuble peut servir à stabiliser un quartier, ouvrir une route ou reconstruire.


Le contrôle de la catégorie « matériel à double usage » devient donc un pouvoir sur la vitesse du secours et de la reconstruction.


Deux mille immeubles endommagés sont encore habités


La défense civile de Gaza estime qu’environ 2 000 bâtiments endommagés hébergent toujours des familles.


Le responsable local du PNUD évoque environ 400 immeubles présentant un risque d’effondrement, particulièrement avec l’arrivée de l’hiver.


Ces chiffres proviennent d’autorités opérant dans un territoire où l’inspection technique demeure difficile. Ils ne constituent pas un inventaire indépendant complet, bâtiment par bâtiment.


Ils décrivent néanmoins un risque cohérent avec l’ampleur de la destruction observée par satellite et documentée par les organismes internationaux.


Les familles doivent choisir entre différents dangers.


Une tente protège mal contre le froid, la pluie et le vent. Un camp surpeuplé peut manquer d’eau, d’intimité et de services sanitaires. Un appartement endommagé offre des murs et un toit, mais peut s’effondrer sans avertissement.


Présenter le retour dans ces bâtiments comme un choix individuel imprudent efface donc le manque d’alternatives.


Une tente installée au milieu des décombres d’une maison détruite dans la bande de Gaza en janvier 2025.
Une tente dressée parmi les décombres d’une maison détruite, le 23 janvier 2025. Photo : Jaber Jehad Badwan / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Un cessez-le-feu sans reconstruction


Un cessez-le-feu soutenu par les États-Unis a réduit les combats de grande ampleur depuis octobre 2025.


Il n’a pas produit de paix permanente ni de reconstruction importante.


AP rapporte qu’Israël refuse d’autoriser une reconstruction générale avant le désarmement du Hamas. Israël considère ce désarmement comme une condition de sécurité indispensable. Le Hamas accuse Israël de bloquer les étapes prévues et refuse les modalités actuelles.


Pendant que les parties négocient les conditions politiques, les structures continuent de vieillir sous leur propre poids.


Plus de 1 300 Palestiniens auraient été tués depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, selon les autorités sanitaires de Gaza citées par Reuters et AP. L’armée israélienne rapporte pour sa part la mort de quatre soldats pendant cette période.


Ces données ne décrivent pas des niveaux de responsabilité équivalents. Elles montrent que la diminution des opérations de grande ampleur n’a pas mis fin à la violence.


Les acteurs et leurs intérêts


Israël veut contrôler les conditions de la reconstruction


La reconstruction peut fournir des logements, des hôpitaux et des routes. Elle peut aussi permettre de rétablir des tunnels, des positions fortifiées ou des infrastructures utilisées par le Hamas.


Israël utilise donc l’accès aux matériaux et aux équipements comme levier de sécurité et de négociation.


Ce contrôle lui donne aussi un pouvoir plus large sur le rythme auquel la vie civile peut reprendre. Une restriction conçue pour empêcher un usage militaire peut bloquer simultanément un usage humanitaire.


La question n’est pas de prétendre que tout équipement est sans risque. Elle est de déterminer si le mécanisme de contrôle distingue assez rapidement les usages et si les conséquences civiles demeurent proportionnées.


Le Hamas conserve un pouvoir armé et administratif


Le Hamas n’a pas été entièrement désarmé. Il demeure un acteur militaire et politique dans le territoire.


Son attaque du 7 octobre 2023, au cours de laquelle des civils israéliens ont été tués et des personnes prises en otage, a déclenché la guerre actuelle. Son maintien armé sert aujourd’hui de justification centrale au blocage israélien de la reconstruction.


Cette responsabilité ne transforme pas chaque civil vivant dans un bâtiment endommagé en participant au conflit. Elle n’efface pas non plus les obligations d’Israël envers la population civile et l’accès humanitaire.


Les Nations unies doivent gérer un territoire encore dangereux


Le PNUD participe à l’évaluation et à l’enlèvement des débris. D’autres organismes interviennent dans les abris, la santé, l’eau et l’alimentation.


Leur tâche ne consiste pas seulement à déplacer du béton.


Les décombres peuvent contenir des restes humains, des munitions non explosées, de l’amiante, des produits chimiques et des preuves utiles à de futures enquêtes.


Une pelle mécanique peut libérer une route. Elle peut aussi détruire involontairement une scène où des crimes sont allégués.


Cette tension explique pourquoi des experts de l’ONU demandent que le déblaiement soit documenté et encadré.


Les familles absorbent le risque produit par tous les blocages


Les négociations portent sur le désarmement, le retrait israélien, la gouvernance, les garanties de sécurité et le financement.


La famille déplacée, elle, doit décider où dormir ce soir.


Cette différence de temps est centrale. Les acteurs politiques peuvent attendre une meilleure entente. Un immeuble instable ne suspend pas sa dégradation pendant les pourparlers.


La situation prolonge le reportage de Claire Vue sur le financement alimentaire au Soudan : lorsque les ressources et l’accès deviennent insuffisants, un besoin universel est converti en sélection. À Gaza, certaines familles obtiennent une tente ou un abri; les autres choisissent parmi des structures que personne ne peut certifier.



Chronologie utile


7 octobre 2023 — Le Hamas et d’autres groupes mènent une attaque en Israël, tuant des civils et prenant des otages.


À partir d’octobre 2023 — Israël lance une campagne militaire à Gaza. Les bombardements, combats et démolitions endommagent une part majeure du parc immobilier.


2024 et 2025 — Les évaluations satellitaires montrent une augmentation continue du nombre de bâtiments endommagés ou détruits.


Octobre 2025 — Un cessez-le-feu soutenu par les États-Unis réduit les combats de grande ampleur, sans produire de règlement politique définitif.


Novembre 2025 — Le PNUD affirme qu’un programme structuré pourrait accélérer le déblaiement, sous réserve d’un accès, d’équipements et d’un financement suffisants.


2026 — Les frappes et incidents continuent. La reconstruction générale demeure bloquée.


7 septembre — Une experte de l’ONU avertit que certaines opérations de déblaiement pourraient effacer des preuves de crimes allégués si elles ne sont pas correctement encadrées.


Nuit du 15 au 16 septembre — Un immeuble déjà endommagé s’effondre sur les familles qui y vivaient.


Ce qui est confirmé


L’immeuble avait été endommagé pendant la guerre et s’est effondré alors qu’il hébergeait des familles déplacées.


Au moins 12 décès étaient confirmés par Reuters, puis 16 par AP dans un bilan ultérieur. Le nombre pouvait encore augmenter.


Les recherches ont été ralenties par le manque de machinerie lourde. Des équipes onusiennes participaient à l’opération.


Des milliers de familles vivent dans des structures endommagées. L’ONU évalue à environ 61 millions de tonnes la masse de débris accumulés.


Le cessez-le-feu a réduit les combats de grande ampleur, mais il n’a pas déclenché une reconstruction générale ni mis fin aux frappes et aux décès.


Ce qui fait encore débat


Qui porte la responsabilité directe de l’effondrement?


La cause matérielle immédiate est l’instabilité d’un bâtiment endommagé par la guerre.


Déterminer la responsabilité juridique exigerait d’établir les frappes précises qui l’ont touché, leur justification militaire, l’état du bâtiment, les avertissements donnés et les possibilités réelles de relogement.


L’absence d’une attribution judiciaire ne rend pas le danger indéterminé. Le bâtiment a été fragilisé dans un conflit et est demeuré habité faute d’options sécuritaires.


Pourquoi les familles ne quittent-elles pas les immeubles dangereux?


Parce qu’une évacuation ne crée pas un logement.


Les personnes déplacées peuvent devoir choisir entre la rue, une tente, un camp surchargé ou un bâtiment partiellement intact. La présence dans une structure risquée ne prouve donc pas qu’une solution sécuritaire leur était accessible.


Peut-on faire entrer des excavatrices sans renforcer le Hamas?


C’est une question opérationnelle réelle.


Des mécanismes d’inspection, de suivi, de propriété onusienne, de géolocalisation et d’utilisation supervisée peuvent réduire le risque de détournement. Aucun mécanisme n’élimine entièrement ce risque.


Le choix actuel produit toutefois son propre coût : secours ralentis, routes bloquées, bâtiments non sécurisés et reconstruction retardée.


Le déblaiement peut-il détruire des preuves?


Oui.


Les décombres peuvent contenir des restes, des fragments d’armes, des traces d’explosion et des éléments permettant de reconstituer une frappe. Un enlèvement précipité peut les déplacer ou les détruire.


L’enjeu consiste donc à concilier urgence de sécurité, dignité des morts et préservation des éléments nécessaires aux enquêtes.


Ce que cette actualité révèle


La guerre transforme le territoire bien après le dernier bombardement.


Un bâtiment endommagé devient une dette physique. Quelqu’un devra l’inspecter, le soutenir, l’évacuer ou le démolir. Tant que cela n’arrive pas, le risque demeure dans les murs.


La reconstruction n’est pas une phase neutre qui commence automatiquement après le cessez-le-feu. Elle dépend de la politique.


Celui qui contrôle les frontières contrôle le ciment, l’acier, les excavatrices, les génératrices et les pièces de rechange. Il peut donc influencer la vie quotidienne sans lancer une nouvelle offensive.


Le financement possède le même pouvoir. Les gouvernements et institutions qui promettent la reconstruction peuvent conditionner leurs fonds à une autorité politique, à des garanties de sécurité ou à des réformes.


Comme le montre l’enquête sur les archives toxiques du 11-Septembre, un événement peut continuer à produire des dommages pendant des années, alors que les institutions débattent encore de l’information, de la responsabilité et du coût.


À Gaza, cette temporalité est comprimée. La destruction passée, le secours présent et la reconstruction future se trouvent dans le même tas de décombres.



Ce qu’il faudra surveiller


Le bilan de l’effondrement doit d’abord être actualisé. Les chiffres de Reuters et d’AP correspondent à des moments différents.


Il faudra ensuite suivre l’inspection des quelque 400 bâtiments jugés les plus dangereux et la capacité de reloger leurs occupants avant l’hiver.


L’entrée de machinerie lourde constitue un jalon concret. Il faudra distinguer les annonces, les autorisations accordées et les équipements réellement arrivés et utilisés.


Le plan politique devra préciser qui administrera les contrats de reconstruction, qui contrôlera les matériaux et quelles garanties permettront de séparer les usages civils et militaires.


Enfin, les opérations de déblaiement devront être documentées. La vitesse ne doit pas devenir un prétexte pour effacer les traces nécessaires à la justice.


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Le cessez-le-feu n’a pas consolidé les murs


Ce qui est démontré est déjà suffisant : des familles vivaient dans un immeuble gravement endommagé, l’édifice s’est effondré et les secours ne disposaient pas de toute la machinerie nécessaire.


Ce qui demeure inconnu comprend le bilan final, la séquence exacte des dommages subis par le bâtiment et le moment où une reconstruction à grande échelle sera autorisée.


Le cessez-le-feu a réduit une partie de la violence immédiate. Il n’a pas désamorcé les structures, retiré les munitions des décombres ou créé des logements sûrs.


À Gaza, la guerre continue donc aussi par ce qu’elle a laissé debout.


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Questions fréquentes


Pourquoi les bilans de Reuters et de l’Associated Press diffèrent-ils?


Reuters rapportait au moins 12 morts à partir d’un premier bilan de la défense civile. L’Associated Press a ensuite cité un bilan de 16 morts fourni par un responsable sanitaire. Lors d’une opération de recherche, le nombre change à mesure que les victimes sont retrouvées et identifiées. La différence doit être présentée comme une évolution, pas cachée par un chiffre unique.


Pourquoi autant de familles vivent-elles dans des bâtiments endommagés?


Le territoire manque de logements sécuritaires. De nombreuses familles ont perdu leur maison et doivent choisir entre des camps surpeuplés, des tentes exposées aux intempéries et des immeubles partiellement debout. Un retour dans une structure dangereuse peut donc être une décision de survie imposée par l’absence d’alternative, et non la preuve que ses occupants ignoraient le risque.


Pourquoi la reconstruction n’a-t-elle pas commencé à grande échelle?


Israël conditionne notamment la reconstruction au désarmement du Hamas et limite l’entrée de certains matériaux ou équipements jugés utilisables à des fins militaires. Les désaccords portent aussi sur la gouvernance, le retrait israélien, le financement et le contrôle des contrats. Le cessez-le-feu n’a donc pas réglé les conditions politiques et sécuritaires nécessaires à une reconstruction générale.


Combien de temps faudra-t-il pour retirer les décombres?


L’ONU estime que Gaza contient environ 61 millions de tonnes de débris et évoque une période pouvant atteindre sept ans. Cette durée dépendra de l’accès, du nombre d’excavatrices, du financement, de la présence de munitions non explosées, de la recherche des personnes disparues et de la nécessité de préserver des preuves. Ce n’est pas une échéance garantie.


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