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Gaza : l’arrêt de livraisons commerciales menace une alimentation déjà fragile

18 oct.
6 min de lecture
Illustration d’un étal de marché avec des caisses vides, d’un sac de farine et de voies d’approvisionnement au loin.

Une partie des livraisons commerciales vers Gaza est interrompue, selon les constats rapportés le 15 octobre. De l’aide et certains produits venant d’Égypte entrent encore, d’après les transporteurs. La cause de l’arrêt est contestée. Or, les sacs de farine ne remplacent pas à eux seuls les aliments frais vendus dans les marchés. L’UNICEF avertit que les progrès contre la malnutrition dépendent des deux circuits.


À retenir


  • L’arrêt de livraisons commerciales a été annoncé le 14 octobre; sa cause est contestée par des transporteurs palestiniens.

  • De l’aide humanitaire continuait d’entrer le 15 octobre, selon un représentant des transporteurs cité par Reuters.

  • L’UNICEF met en garde contre une dégradation; les sources ne mesurent pas encore les effets nutritionnels de cet arrêt.



Une aide qui entre n’est pas un marché qui fonctionne


De l’aide alimentaire peut franchir une frontière pendant que l’approvisionnement des commerces se détériore. À Gaza, cette différence compte pour les familles qui doivent trouver autre chose que des produits de base à manger.


Le 14 octobre, COGAT, l’organisme militaire israélien qui coordonne notamment l’entrée de marchandises dans le territoire palestinien, a annoncé l’arrêt de livraisons commerciales. Le lendemain, Associated Press rapportait que cette interruption touchait une source d’aliments et de vêtements pour l’hiver. Les denrées commerciales passent par des contrôles israéliens avant d’entrer.


Selon les données de COGAT citées par l’agence, les organismes humanitaires acheminent surtout des produits comme la farine, tandis que les commerçants fournissent davantage d’aliments frais qui se conservent peu de temps, dont les fruits et la viande. Les deux circuits se complètent. Le maintien du premier ne démontre donc pas que le second peut disparaître sans conséquence.


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La question n’est pas seulement de savoir si des camions entrent. C’est de comprendre comment le contrôle des livraisons commerciales peut fragiliser l’alimentation même lorsque l’aide continue.


Étal de fruits et de légumes dans une rue bordée de bâtiments endommagés à Gaza.
Un marché de fruits et légumes à Gaza, 14 février 2025. Photo d’archives, sans représentation de l’interruption commerciale d’octobre 2026. Jaber Jehad Badwan / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0; fichier non modifié. Source et droits. Licence de réutilisation.

Qui a arrêté les livraisons?


Les versions s’opposent sur une décision centrale. COGAT affirme que des commerçants ont cessé eux-mêmes de coordonner leurs importations, en réaction à des prélèvements et à des menaces attribués au Hamas, le mouvement armé palestinien qui exerce encore un pouvoir dans Gaza. L’organisme israélien se dit prêt à reprendre cette coordination.


Nahed Sheheiber, le chef du syndicat des transporteurs privés de Gaza, conteste cette explication dans le reportage d’Associated Press. Selon lui, ce sont les restrictions israéliennes qui ont stoppé les livraisons. L’agence ne tranche pas cette responsabilité à partir d’une preuve indépendante.


Un autre élément empêche de décrire un arrêt absolu de tout le commerce. Dans un reportage distinct de Reuters du 15 octobre, le représentant des transporteurs dit que des camions d’aide humanitaire sont entrés ce jour-là, ainsi que des marchandises commerciales venant d’Égypte par un passage contrôlé par Israël. Il affirme toutefois qu’aucun camion de produits commerciaux provenant d’Israël n’est entré.


Ces témoignages décrivent une interruption majeure, mais pas une preuve que toutes les voies et toutes les catégories de marchandises sont fermées. Il faut connaître les produits et les trajets concernés pour mesurer ce que les familles perdent réellement.


Un prélèvement contesté au cœur de l’affrontement


Pour comprendre le litige, il faut aussi distinguer les accusations des montants confirmés par des documents. COGAT impute l’arrêt à un prélèvement de 10 000 shekels par camion et à des exigences sur les paiements en argent comptant. Le Hamas présente le prélèvement comme une contribution volontaire destinée à un fonds d’aide, selon Reuters.


Un prélèvement obligatoire pèserait sur les importateurs; une contribution réellement volontaire n’aurait pas le même statut. Les sources consultées ne permettent pas de vérifier indépendamment les sommes effectivement perçues, leur caractère volontaire ni leur utilisation. Elles ne permettent pas davantage de calculer un supplément payé par chaque famille.


Il serait donc inexact de présenter les taxes du Hamas comme la cause démontrée de l’arrêt, ou de reprendre comme fait établi l’accusation selon laquelle Israël s’en servirait de prétexte. Ce qui est documenté, c’est le conflit sur les conditions d’entrée et de financement d’un commerce dont dépend la population.


L’aide humanitaire apporte notamment des produits de base; les commerces fournissent aussi des aliments frais.
Schéma simplifié, sans carte ni proportion de volumes : certaines livraisons commerciales venant d’Égypte et de l’aide continuaient d’entrer le 15 octobre, selon les transporteurs. Claire Vue, d’après AP, Reuters et le briefing UNICEF. Source et droits.

Des repas encore trop peu variés


Les données nutritionnelles disponibles aident à comprendre ce qui est en jeu. Elles ne mesurent pas encore l’effet de cette nouvelle interruption.


Une enquête publiée par l’UNICEF le 24 août 2026 relève une malnutrition aiguë relativement faible chez les jeunes enfants des zones accessibles étudiées. Ce trouble correspond à une dégradation récente de l’état nutritionnel. Ce résultat ne décrit pas une aggravation générale à ce moment-là. L’enquête mesure une situation sur une courte période; elle ne permet pas, à elle seule, de dire comment celle-ci a évolué.


Mais la même enquête montre un problème de qualité des repas. Parmi les enfants de 6 à 23 mois étudiés, seulement 22,4 % recevaient une alimentation répondant au minimum acceptable. Cela représente un peu plus d’un enfant sur cinq, selon l’indicateur utilisé. Une malnutrition aiguë peu fréquente ne garantit pas que les enfants mangent assez varié pour bien grandir.


Ces résultats concernent les données recueillies du 31 mai au 15 juin 2026 dans les secteurs accessibles. En raison des contraintes de sécurité et d’accès, l’enquête n’a pas pu inclure environ 17 % de la population de Gaza. On ne peut ni étendre automatiquement les résultats à tout Gaza ni les présenter comme une mesure d’octobre.


Ce que l’UNICEF avertit aujourd’hui


Le 16 octobre, à Genève, Ricardo Pires, porte-parole de l’UNICEF, a insisté sur la nécessité d’un approvisionnement humanitaire et commercial continu et prévisible. Le compte rendu original de l’ONU permet de lire sa réponse aux questions sur les camions commerciaux.


Il n’y confirme pas de lui-même les circonstances de leur blocage. Il avertit que les enfants en subiront les effets si la situation n’est pas réglée, sans fixer de délai ni chiffrer une nouvelle dégradation. Reuters rapporte la même mise en garde.


C’est la limite à conserver : le risque est documenté, mais une nouvelle hausse de la malnutrition causée par cet arrêt n’est pas encore mesurée dans ces sources.


Le pouvoir de décider de ce qui atteint les étals


Le mécanisme ne se résume pas à un manque de nourriture quelque part dans le monde. Les fournisseurs doivent faire entrer leurs produits par des passages contrôlés; les commerçants doivent pouvoir organiser les livraisons; les familles doivent ensuite pouvoir acheter ce qui arrive. Une rupture de l’un de ces maillons peut rendre l’aide seule insuffisante pour rétablir une alimentation variée.


Israël dispose d’un pouvoir concret sur les contrôles d’entrée. Les autorités du Hamas et les organismes qui réclament des paiements peuvent aussi agir sur les conditions du commerce. Les responsabilités précises dans l’arrêt d’octobre restent contestées. Cette incertitude ne retire pas aux décisions prises à ces différents niveaux leurs conséquences possibles pour les familles.


Un approvisionnement essentiel reste soumis à des décisions et à des conditions que la population ne maîtrise pas. L’amélioration nutritionnelle constatée ne suffit pas à la protéger d’une nouvelle interruption. Il faudra maintenant vérifier la reprise réelle des livraisons par origine et par produit, puis les stocks, les prix et les données de nutrition. Une annonce de reprise ne dira pas, à elle seule, ce qui se retrouve dans les repas.


Poursuivre l’enquête


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