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Défrisants et cancer : l’Arizona poursuit L’Oréal, mais la science n’a pas encore rendu son verdict final

12 sept.
11 min de lecture
Illustration reliant une mèche de cheveux, un flacon de défrisant sans avertissement, une étude scientifique et un dossier judiciaire. Illustration : Claire Vue. Sources documentaires : Arizona Attorney General et Journal of the National Cancer Institute.
Illustration reliant une mèche de cheveux, un flacon de défrisant sans avertissement, une étude scientifique et un dossier judiciaire. Illustration : Claire Vue. Sources documentaires : Arizona Attorney General et Journal of the National Cancer Institute.

Une étude observe un risque accru. Une entreprise conteste tout lien causal. Un État l’accuse maintenant d’avoir vendu ses défrisants chimiques sans avertissement adéquat.


La poursuite déposée par l’Arizona contre L’Oréal ne prouve pas que ses produits ont causé un seul cancer précis. Elle pose toutefois une question plus large : combien de preuves faut-il attendre avant d’informer clairement une population exposée?


Entre la première association épidémiologique, l’avertissement au consommateur et la responsabilité judiciaire se trouve une zone grise. Les produits peuvent continuer à être vendus, les entreprises à invoquer l’incertitude et les personnes exposées à porter le risque.


À retenir


  • L’Arizona a déposé sa poursuite le 10 septembre 2026 et l’a annoncée le lendemain.

  • L’État accuse L’Oréal USA, sa société mère et SoftSheen d’avoir omis des risques de cancer allégués dans la commercialisation de défrisants chimiques.

  • Une étude fédérale publiée en 2022 a observé une association entre l’usage fréquent de produits défrisants et le cancer de l’utérus; elle n’a pas démontré qu’un produit ou un ingrédient précis causait ces cancers.

  • L’Oréal nie la validité scientifique et juridique des accusations. Aucun tribunal n’a encore tranché la nouvelle poursuite.




Ce qui vient de se passer


La procureure générale de l’Arizona, Kris Mayes, a annoncé le 11 septembre qu’elle avait intenté une action pour fraude à la consommation contre L’Oréal USA, sa société mère et SoftSheen.


Selon le communiqué officiel de l’Arizona, la poursuite vise la publicité et la vente de défrisants chimiques sans divulgation adéquate de substances potentiellement dangereuses ou d’associations rapportées avec certains cancers.


L’État soutient que ces produits ont été principalement commercialisés auprès des femmes afro-américaines et, dans certains cas, auprès d’enfants. Il réclame des sanctions, des dommages et une ordonnance qui empêcherait la vente des produits visés sans avertissement sur le cancer.


Ce sont les demandes d’une partie au litige, pas une décision judiciaire.


Reuters rapporte qu’il s’agit de la première poursuite intentée par un État américain dans ce dossier. Plus de 12 000 poursuites privées semblables sont déjà regroupées devant un tribunal fédéral à Chicago. Les premiers procès pourraient commencer en 2027.


L’Oréal USA affirme que ses produits sont sécuritaires et que les recours ne reposent ni sur une base scientifique ni sur une base juridique suffisante. L’entreprise souligne que les études disponibles montrent des associations statistiques, sans établir de lien causal.


Cette distinction est fondamentale. Elle ne signifie pas que le risque observé est imaginaire. Elle signifie que l’étude ne peut pas déterminer, à elle seule, quel produit, quel ingrédient ou quelle exposition aurait provoqué une maladie particulière.


Intérieur moderne d’un salon de coiffure vide, avec fauteuils et miroirs.
Photo de contexte : intérieur d’un salon; cette image ne montre pas les produits visés par la poursuite. Photo : Gul Fatima/Unsplash, 8 avril 2025, licence Unsplash.

Les acteurs et leurs intérêts


L’Arizona utilise le droit de la consommation


La poursuite n’attend pas qu’un tribunal attribue chaque cancer à un produit précis. Elle s’appuie sur une autre question : une entreprise avait-elle suffisamment d’information sur un risque possible pour devoir avertir ses clientes?


Le droit de la consommation peut ainsi intervenir avant la preuve médicale individualisée. L’État doit néanmoins démontrer que les déclarations ou omissions reprochées étaient trompeuses au regard de l’information disponible au moment pertinent.


La date à laquelle L’Oréal aurait connu chaque étude, la manière dont elle l’aurait évaluée et les modifications éventuellement apportées aux formules ou aux étiquettes deviendront donc centrales.


L’Oréal défend ses produits et ses marques


Les défrisants ne constituent pas seulement une catégorie de cosmétiques. Des marques comme Dark & Lovely ou Optimum occupent depuis longtemps un marché façonné par les normes professionnelles, scolaires et sociales entourant les cheveux.


L’entreprise a intérêt à empêcher qu’une association statistique soit transformée en conclusion générale sur tous ses produits. Les formulations ont pu varier selon les marques, les années et les pays. Une étude sur une catégorie d’usage ne permet pas nécessairement d’identifier la responsabilité d’une formule particulière.


Mais la diversité des produits peut aussi compliquer la tâche des consommatrices. L’absence de preuve contre chaque bouteille ne répond pas automatiquement à la question de savoir si un risque de catégorie méritait d’être signalé.


Les consommatrices portent l’exposition et le fardeau de preuve


Une personne peut connaître la marque utilisée, mais rarement la composition exacte de chaque application pendant plusieurs années. Elle peut encore moins reconstituer toutes les variations de formule, les concentrations ou les réactions chimiques survenues lors de l’utilisation.


Lorsqu’une maladie apparaît longtemps après l’exposition, le dossier individuel dépend de dossiers médicaux, de souvenirs d’achat, de témoignages et de connaissances scientifiques qui continuent d’évoluer.


Ce problème dépasse les cosmétiques. Comme l’examine l’enquête de Claire Vue sur les aliments ultratransformés, les maladies chroniques et les chaînes de profit, une exposition fréquente peut produire un risque collectif mesurable sans permettre d’attribuer facilement chaque maladie à un seul produit.



Les scientifiques mesurent un signal, pas un verdict


L’étude la plus citée a été publiée en 2022 dans le Journal of the National Cancer Institute. Les chercheurs ont suivi 33 947 participantes admissibles pendant 10,9 ans en moyenne et recensé 378 cancers de l’utérus.


L’usage d’un produit défrisant au cours de l’année précédente était associé à un taux plus élevé de cancer de l’utérus. Chez les participantes déclarant plus de quatre utilisations en un an, le taux observé était environ 2,55 fois celui des non-utilisatrices, après ajustement pour plusieurs facteurs.


Les auteurs ont présenté ce résultat comme une première preuve épidémiologique d’association. Ils ont explicitement demandé que d’autres études reproduisent les résultats et identifient les substances pouvant expliquer le signal.


Chronologie utile


2003 à 2009 — La Sister Study recrute plus de 50 000 femmes aux États-Unis et à Porto Rico. L’analyse sur le cancer de l’utérus retiendra près de 34 000 participantes ayant encore leur utérus au début du suivi.


Jusqu’en septembre 2019 — Les chercheurs suivent les diagnostics déclarés et recueillent, lorsque possible, des dossiers médicaux ou des certificats de décès.


17 octobre 2022 — L’étude sur les défrisants et le cancer de l’utérus est publiée. Elle constate une association plus forte chez les utilisatrices fréquentes, sans identifier un ingrédient causal.


Après 2022 — Des milliers de femmes intentent des poursuites contre différents fabricants. Une grande partie des recours fédéraux est regroupée à Chicago afin de coordonner la preuve et les procédures.


10 septembre 2026 — L’Arizona dépose sa poursuite contre L’Oréal et des sociétés liées.


11 septembre — La procureure générale annonce publiquement le recours. L’Oréal rejette les accusations.


2027 — Selon Reuters, les premiers procès dans les procédures fédérales regroupées pourraient commencer, sous réserve du calendrier judiciaire.


Ce qui est confirmé


La poursuite existe. Elle a été déposée par une autorité publique en vertu du droit de la consommation de l’Arizona. Elle vise la commercialisation sans avertissement adéquat, et non l’interdiction générale de tous les produits de coiffure.


Il est aussi confirmé qu’une étude prospective évaluée par les pairs a observé une association entre l’usage de défrisants et le cancer de l’utérus.


L’article scientifique original donne toutefois plusieurs raisons de demeurer précis.


L’usage des produits a été déclaré par les participantes. Les chercheuses et chercheurs ne disposaient pas d’une analyse chimique de chaque produit utilisé. La cohorte réunissait des femmes qui avaient au moins une sœur ayant reçu un diagnostic de cancer du sein, ce qui doit être considéré lorsqu’on généralise les résultats.


Seulement 7,4 % des participantes étaient noires, mais près de 60 % des utilisatrices de défrisants l’étaient. L’étude n’a pas constaté de différence statistiquement démontrée dans l’association selon la race. Elle montre plutôt qu’une population peut subir davantage l’exposition parce qu’elle utilise davantage le produit.


Il est enfin confirmé que L’Oréal conteste les accusations et le lien causal. Il ne s’agit pas d’une simple absence de réponse de l’entreprise.


Ce qui fait encore débat


L’association observée correspond-elle à une causalité?


Pas encore.


Une étude observationnelle peut ajuster ses calculs pour l’âge, l’indice de masse corporelle, l’activité physique, le tabagisme, les antécédents reproductifs et d’autres variables. Elle ne peut jamais éliminer avec certitude tous les facteurs qui différencient les utilisatrices des non-utilisatrices.


La force de l’association et l’augmentation observée avec la fréquence d’usage rendent le signal important. Elles ne disent pas quelle substance serait responsable ni si toutes les formulations présentent le même risque.


Que savait exactement l’entreprise?


L’Arizona affirme que L’Oréal savait ou aurait dû savoir. Cette formulation devra être appuyée par des documents, des études internes, des communications ou une chronologie montrant ce que l’entreprise possédait comme information.


La publication d’une étude en 2022 ne prouve pas automatiquement une connaissance antérieure. Elle peut toutefois modifier ce qu’une entreprise raisonnable devrait examiner après sa publication.


Les milliers de recours privés pourront aussi faire apparaître des documents internes. Leur contenu devra être évalué dans son contexte plutôt que présenté comme une preuve de dissimulation avant qu’un tribunal ne se prononce.


Un avertissement suffit-il?


Un avertissement peut permettre un choix plus éclairé, sans retirer le produit du marché. Mais sa formulation compte.


Dire qu’un produit « cause le cancer » dépasserait ce que démontre actuellement l’étude centrale. Dire seulement que sa sécurité est « débattue » pourrait minimiser une association statistique significative.


Le conflit porte précisément sur cette zone : comment communiquer un risque sérieux lorsque le mécanisme et la causalité ne sont pas encore entièrement établis?


Les normes capillaires font-elles partie du dossier?


Elles ne prouvent aucune responsabilité juridique. Elles influencent cependant l’exposition.


Si une apparence est encouragée par les employeurs, les écoles, la publicité ou les normes de beauté, l’utilisation répétée d’un produit n’est pas toujours un simple choix isolé. Le marché répond à une demande, mais contribue aussi à la normaliser.


Les entreprises ont bâti des gammes spécialisées pour cette clientèle. L’Arizona soutient maintenant que ce ciblage augmentait leur devoir de transparence.


Deux femmes dans un salon pendant une séance de tressage des cheveux.
Photo de contexte : coiffure en salon. Photo : Tosan Dudun/Unsplash, 13 novembre 2025, licence Unsplash.

Ce que cette actualité révèle


La sécurité d’un produit n’est pas décidée par un seul test.


Elle résulte d’une succession de seuils institutionnels. Les scientifiques demandent si une exposition est associée à davantage de maladies. Les organismes réglementaires déterminent si les données justifient une règle ou un avertissement. Les procureurs évaluent si le consommateur a été trompé. Les tribunaux cherchent ensuite si la preuve satisfait une norme juridique.


Chaque système peut fonctionner selon ses propres règles tout en laissant un vide entre eux.


Une entreprise peut affirmer correctement qu’aucune causalité n’est démontrée. Une autorité peut répondre, tout aussi correctement, qu’un risque crédible aurait dû être divulgué. Ces deux affirmations ne se contredisent pas nécessairement, car elles ne répondent pas à la même question.


Le temps avantage aussi certains acteurs.


Le fabricant conserve les formules, les données de vente et les connaissances techniques. La consommatrice conserve surtout le souvenir d’une utilisation. Les études s’accumulent lentement; les cancers peuvent apparaître des années plus tard; les procès exigent encore plus de temps.


On observe une asymétrie semblable dans l’industrie des terres rares au Myanmar : les acteurs qui contrôlent le produit et la chaîne d’approvisionnement possèdent généralement plus d’information que les personnes qui en supportent les risques sanitaires ou environnementaux.


La poursuite de l’Arizona montre enfin comment le contentieux devient un outil de réglementation indirecte. L’État ne modifie pas une loi fédérale sur les cosmétiques. Il tente d’imposer, par le droit de la consommation, un avertissement que le marché et les règles existantes n’ont pas produit.


Le procès ne réglera pas à lui seul la science. Il décidera plutôt si l’incertitude pouvait justifier le silence commercial.


Ce qu’il faudra surveiller

Le premier jalon sera la réponse formelle des entreprises. Elle précisera si elles demandent le rejet rapide de la poursuite et sur quelles limites juridiques ou scientifiques elles s’appuient.


La divulgation de la preuve sera ensuite déterminante. Il faudra chercher les études internes, les analyses de formule, les évaluations de risque et les décisions relatives aux étiquettes.


Les procès fédéraux prévus à partir de 2027 testeront la capacité des demanderesses à relier un usage, un produit et un diagnostic. Le résultat d’un premier procès ne vaudra toutefois pas automatiquement pour les milliers d’autres dossiers.


Il faudra aussi suivre les nouvelles études. Une reproduction indépendante du résultat de 2022, une identification d’ingrédients précis ou une analyse par formule ferait évoluer le niveau de preuve beaucoup plus qu’une nouvelle déclaration publique.


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Entre le signal et la preuve finale


Ce qui est démontré est limité, mais important.


L’Arizona poursuit L’Oréal et des sociétés liées pour leur commercialisation de défrisants chimiques. Une étude prospective a observé une association entre l’usage fréquent de ces produits et un taux plus élevé de cancer de l’utérus. Des milliers de poursuites privées sont déjà en cours.


Ce qui n’est pas démontré demeure essentiel.


Aucun jugement n’établit que L’Oréal a trompé ses clientes. L’étude de 2022 ne prouve pas qu’un produit particulier a causé un cancer précis. Elle n’identifie pas l’ingrédient responsable et ne permet pas de traiter toutes les formulations comme identiques.


La poursuite révèle néanmoins le problème institutionnel : lorsqu’un signal sérieux apparaît, attendre une certitude complète peut signifier plusieurs années d’exposition supplémentaire. Agir trop vite peut, à l’inverse, transformer une association en conclusion injustifiée.


La question n’est donc pas de choisir entre croire la science et attendre la science. Elle est de déterminer ce qu’on doit dire aux consommatrices pendant que la science continue.


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Questions fréquentes


Les défrisants chimiques causent-ils le cancer?


Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que tous les défrisants causent le cancer. Une étude prospective publiée en 2022 a observé une association entre leur utilisation, particulièrement fréquente, et un taux plus élevé de cancer de l’utérus. Une association n’établit pas à elle seule la causalité. Les formulations varient et l’étude n’a pas identifié un ingrédient responsable. Le signal justifie néanmoins des recherches supplémentaires et une évaluation transparente des risques.


Que reproche précisément l’Arizona à L’Oréal?


L’Arizona accuse L’Oréal USA, sa société mère et SoftSheen d’avoir commercialisé des défrisants sans divulguer adéquatement la présence alléguée de substances dangereuses ou les associations rapportées avec certains cancers. L’État invoque la fraude à la consommation et demande notamment des sanctions ainsi qu’un avertissement. Ce sont des accusations. L’État devra démontrer ce que les sociétés savaient, ce qu’elles affirmaient aux clientes et pourquoi leurs communications auraient été trompeuses.


Pourquoi ce dossier touche-t-il particulièrement les femmes noires?


Les produits visés ont été fortement commercialisés auprès des femmes noires et sont plus fréquemment utilisés dans cette population. Dans l’étude de 2022, près de 60 % des participantes ayant déclaré utiliser des défrisants étaient noires, même si les femmes noires représentaient une petite partie de la cohorte totale. Cela indique une exposition disproportionnée, pas une vulnérabilité biologique démontrée. Les normes professionnelles, la publicité et les attentes sociales entourant les cheveux peuvent aussi influencer cette exposition.


Les produits visés sont-ils interdits?


Non. La nouvelle poursuite ne constitue pas une interdiction ni un rappel. L’Arizona demande au tribunal d’empêcher la vente des produits concernés sans avertissement adéquat, mais cette demande n’a pas encore été accordée. Les consommatrices devraient consulter l’étiquette et, si elles s’inquiètent d’une exposition ou de symptômes, discuter de leur situation avec un professionnel de la santé. Un reportage général ne permet pas d’évaluer le risque médical individuel.


Références principales


Annonce officielle de la poursuite — Bureau de la procureure générale de l’Arizona, 11 septembre 2026.


Plainte de l’Arizona contre L’Oréal et les sociétés liées — Cour supérieure de l’Arizona, 10 septembre 2026.



Use of Straighteners and Other Hair Products and Incident Uterine Cancer — Journal of the National Cancer Institute, 17 octobre 2022.

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