Qui peut encore dire non aux géants de l’IA?

Pour justifier ses restrictions d’accès aux assistants d’IA concurrents, Meta invoquait la protection de WhatsApp et de ses utilisateurs. La Commission européenne met cette justification en doute, documents à l’appui. En France, une réversibilité annoncée ne dispense pas le Health Data Hub de reconstruire des fonctions pour quitter Microsoft. En Ohio, le financement d’un campus réserve sa technologie à Nvidia. Trois dossiers pour examiner ce que les géants de l’IA et les décideurs publics justifient, ce que leurs accords imposent et la liberté de choix qui reste aux autres.
Écoutez notre épisode sur le sujet:
Le 23 avril 2026, la Plateforme des données de santé française annonce qu’elle a choisi un nouvel hébergeur. Elle entreprend de quitter le nuage informatique de Microsoft, Azure, pour celui de Scaleway, une entreprise française. Ce service public, aussi connu sous le nom de Health Data Hub, doit permettre à des chercheurs d’utiliser des données de santé dans un environnement sécurisé.
Sur papier, la décision paraît simple : un client change de fournisseur.
Le communiqué de la plateforme affirme que la réversibilité de son hébergement a été préparée dès 2019. Il décrit aussi ce qu’il reste à réaliser : certaines fonctions de sécurité doivent encore être construites avec le nouvel hébergeur. L’organisme prévoit pouvoir gérer une copie de la base principale du Système national des données de santé entre la fin de 2026 et le début de 2027. Son assemblée générale du 7 mai présente cette échéance comme une première étape.
Dire « on part » ne fait pas disparaître le travail nécessaire pour partir.
Cette difficulté éclaire la concentration du pouvoir chez les géants de l’IA. Derrière les applications qui répondent à nos questions, il faut des machines, de l’électricité, des logiciels et des réseaux pour atteindre les utilisateurs. Les entreprises qui fournissent ces ressources peuvent aussi financer leurs clients, distribuer leurs produits et définir les conditions de leur accès au marché.
La compétition entre les assistants d’IA est visible. Les règles qui déterminent qui pourra les faire fonctionner le sont beaucoup moins.
Alors, quand une institution publique, une entreprise ou un développeur veut choisir autrement, qui détient réellement la décision?
À retenir
Une migration annoncée ne signifie pas qu’un service peut fonctionner immédiatement ailleurs.
Les accords financiers peuvent réserver des infrastructures à une technologie précise.
Le propriétaire d’une plateforme peut aussi contrôler le passage vers ses utilisateurs.
Sommaire
Le jour où un client veut partir
Pour comprendre ce que le Health Data Hub doit déplacer, il faut oublier l’image d’un simple disque dur loué à distance. Un service infonuagique fournit aussi les outils qui gèrent les accès, protègent les données et font travailler les applications ensemble. À mesure qu’un projet utilise ces outils, une partie de son fonctionnement épouse ceux de son fournisseur.
Cette enquête prolonge notre réflexion sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, en examinant ici des décisions contractuelles et publiques précises.
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