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Néolibéralisme et inégalités : qui reçoit la prospérité promise?

il y a 7 jours
23 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Trois travailleurs soutiennent un escalier monumental qui élève des maisons et des tours, symbole des inégalités de patrimoine.
Illustration éditoriale originale : la création de richesse ne garantit pas un partage égal de ses bénéfices. Illustration générée par IA pour Claire Vue.

Réduire les impôts des entreprises devait aussi améliorer les salaires. La promesse figure noir sur blanc dans un budget fédéral. Mais entre l’argent laissé à une entreprise et la vie plus abordable d’un ménage, plusieurs décisions restent à prendre. C’est dans ce passage que se joue le partage de la prospérité.


Écoutez notre épisode sur le sujet:




Le 19 mars 2007, le gouvernement conservateur de Stephen Harper dépose un budget qui présente les baisses d’impôt des entreprises comme un avantage pour les travailleurs. Le document annonce « un plus grand nombre d’emplois et par des salaires plus élevés pour les travailleurs canadiens ».


La phrase se trouve à la page 25 du Plan budgétaire 2007. Elle accompagne une explication familière : des entreprises moins imposées pourront investir, innover et faire croître l’économie. Les salariés en bénéficieront à leur tour.


Ce jour-là, le gouvernement ne promet pas une augmentation précise à chaque employé. Il défend pourtant un choix fiscal au nom d’un résultat qui dépasse largement les entreprises bénéficiaires. Le meilleur salaire fait partie de l’argument public. Il doit donc faire partie du bilan.


Moins d’un an plus tard, le ministère des Finances publie une évaluation d’une précédente vague de réductions, appliquées de 2001 à 2004. Les chercheurs trouvent un effet favorable sur l’investissement. Le gouvernement peut montrer un résultat qui soutient son raisonnement.


Est-ce aussi la preuve que les travailleurs ont reçu leur part?


La réponse ne se trouve pas sur la même ligne du rapport. Pour la chercher, il faut regarder ce qui se passe après l’investissement : la rémunération, la propriété et les dépenses qu’un salaire doit couvrir. Une usine mieux équipée, une maison qui prend de la valeur et un service de garde abordable peuvent tous enrichir la vie économique. Ils ne le font pas pour les mêmes personnes, ni de la même façon.


Au Canada, les entreprises ont obtenu les taux réduits. Pour les ménages, le bénéfice dépend encore de ce qui suit. Qui peut obtenir une meilleure rémunération, se loger ou accéder à un service qui permet de travailler? C’est là que la promesse rencontre la vie ordinaire.


À retenir


  • Ottawa a défendu les baisses d’impôt des entreprises au nom de meilleurs emplois et salaires. Une évaluation confirme un effet sur l’investissement, sans mesurer le partage salarial.

  • Dans le privé canadien, la couverture par convention collective recule entre 1997 et 2023, tandis qu’elle demeure élevée au public.

  • Un programme peut financer des logements moins chers que le marché sans les rendre payables pour les ménages qu’il rejoint.




Sommaire



Néolibéralisme et inégalités : la promesse du budget


Le virage fiscal canadien ne commence pas avec le gouvernement Harper. Sous les libéraux, le budget de 2000 annonce une baisse graduelle du taux général fédéral d’impôt des sociétés, de 28 % à 21 %. Le budget de 2001 en rappelle le calendrier, étalé jusqu’en 2004. Les secteurs alors plus lourdement imposés, notamment les services, sont particulièrement visés. La fabrication et la transformation bénéficiaient déjà d’un taux inférieur.


Les conservateurs poursuivent ensuite les réductions. Le budget de 2008 reprend la trajectoire vers un taux général de 15 % en 2012. Il s’agit du taux fédéral, auquel s’ajoute l’impôt provincial; le régime des petites entreprises suit ses propres règles.


Une entreprise décide notamment d’investir en comparant le coût d’un projet au revenu qu’elle prévoit en tirer. Quand le rendement après impôt s’améliore, un projet auparavant trop peu rentable peut devenir intéressant. Un équipement plus performant peut permettre de produire davantage, d’offrir de nouveaux produits ou de réduire certains coûts.


Les clients et les débouchés restent déterminants. Une baisse de taux ne remplit pas à elle seule le carnet de commandes, mais elle peut modifier le rendement attendu d’un projet et peser dans la décision de le réaliser.


Notre reportage sur les promesses d’emploi chez Stelco examine lui aussi la distance entre un engagement favorable à une entreprise et sa portée pour les travailleurs.


La question politique commence plutôt au moment de choisir ce que l’État accorde et ce qu’il attend en retour. Un taux réduit inscrit un avantage dans les règles fiscales. Les bénéfices collectifs invoqués pour le justifier doivent ensuite se réaliser dans l’économie. Ces deux choses ne se produisent pas par le même acte.


Le néolibéralisme désigne ici une orientation : miser davantage sur les incitations offertes aux capitaux privés et sur les mécanismes de marché pour produire la prospérité. Le terme regroupe des politiques différentes; dans cette enquête, il sert à examiner cette priorité donnée à l’investissement privé, puis les moyens laissés aux ménages pour en tirer bénéfice. Le « ruissellement » est le nom critique donné à l’idée que les avantages accordés au sommet finiront par rejoindre les autres.


Le budget emploie ses propres mots, pas cette étiquette. Il annonce de meilleurs emplois et salaires. La question se pose jusque dans les termes du budget : où sont les meilleurs salaires promis aux travailleurs?


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