top of page

ARTICLES

Grève du 29 septembre en France : derrière le salaire gelé, un choix de budget

26 sept.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


Illustration d’une fiche de paie découpée devant une école, un hôpital et un bâtiment municipal.
 Le gel du point d’indice se trouve au centre du conflit salarial dans la fonction publique française. Illustration éditoriale.  Illustration éditoriale Claire Vue

Les huit organisations représentatives de la fonction publique préparent une journée de grève le 29 septembre. Leur cible dépasse la prochaine fiche de paie : elles contestent un arbitrage qui transforme l’absence de hausse générale en économie pour les finances publiques. Mais l’appel est confirmé, pas encore son ampleur ni ses effets.


À retenir


  • Huit organisations appellent à la mobilisation du 29 septembre.

  • Le gel annoncé du point d’indice concentre les critiques.

  • Participation, perturbations et concessions restent inconnues.



Une mobilisation annoncée, une participation encore inconnue


Le 24 septembre, les huit organisations représentatives de la fonction publique se sont réunies au siège de la CGT pour réaffirmer leurs revendications salariales avant la journée du mardi 29 septembre.


CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP demandent notamment une amélioration des rémunérations et des moyens consacrés aux services publics. Leur réunion et leur appel sont rapportés par TF1 Info et Le Parisien. La CFE-CGC a également publié ses revendications le même jour. TF1 Info


On peut donc établir l’existence d’une mobilisation organisée. On ne peut pas encore annoncer combien de personnes feront grève, quels établissements seront touchés ni quelles concessions seront obtenues.


Cette distinction compte pour les usagers comme pour les salariés. Une journée nationale peut produire des situations très différentes selon les services et les territoires. L’appel syndical ne constitue pas, à lui seul, un calendrier de fermeture des écoles, des guichets ou des équipements municipaux.


Le point d’indice : une décision discrète, une portée collective


Au centre du conflit se trouve le point d’indice, qui sert à calculer le traitement de base des fonctionnaires.


Selon Le Parisien, le gouvernement prévoit de maintenir son gel en 2027. Le journal rapporte une économie attendue de deux milliards d’euros et rappelle que sa dernière revalorisation remonte à juillet 2023. Ces montants décrivent l’arbitrage annoncé; ils ne constituent pas un bilan d’économies déjà réalisées.


L’enjeu peut sembler technique. Il est pourtant simple : quand la valeur utilisée pour calculer une rémunération demeure stable alors que les prix augmentent, cette composante du salaire permet d’acheter moins.


Cela ne signifie pas que la rémunération totale de chaque agent demeure nécessairement identique. Une progression de carrière ou une autre mesure peut modifier une situation individuelle. Il faut donc éviter de confondre gel du point et gel absolu de toutes les fiches de paie.


Mais cette nuance ne fait pas disparaître la question collective. Une évolution individuelle et une revalorisation générale ne répondent pas au même problème. La première concerne un parcours; la seconde change la valeur commune servant au calcul.


Ce que réclament les organisations


Dans son entretien publié le 24 septembre, la CFE-CGC défend une revalorisation du point, une meilleure protection contre l’inflation et une refonte des grilles.


Elle demande aussi le rétablissement de la Garantie individuelle du pouvoir d’achat, ou GIPA. Ce mécanisme est distinct d’une hausse générale : il vise à compenser, selon ses paramètres, un écart entre l’évolution de la rémunération et celle des prix.


Le syndicat insiste également sur les écarts entre niveaux de qualification et sur l’égalité salariale. Son diagnostic porte donc autant sur le montant des rémunérations que sur leur progression au fil de la carrière.


Il s’agit de revendications formulées par une partie au conflit. Elles établissent ce que cette organisation demande, sans démontrer automatiquement le coût de chaque mesure, son efficacité ni l’ampleur de toutes les pertes invoquées.


L’unité autour d’une journée ne permet pas non plus d’attribuer indistinctement à huit organisations chaque proposition détaillée d’une seule fédération.


Qui décide, qui revendique, qui subit les conséquences?


L’État intervient ici à plusieurs titres : il fixe des orientations budgétaires et salariales, tout en étant responsable de services dont la population dépend.


Les organisations syndicales cherchent à peser sur ces décisions par la négociation et la mobilisation. Elles relient les rémunérations à l’attractivité des métiers et aux conditions dans lesquelles les agents exercent leurs missions.


Les usagers occupent une autre place. Ils peuvent être directement touchés par une interruption de service, sans être parties à la négociation. Leur intérêt ne se réduit toutefois pas à l’absence de grève : il comprend aussi la qualité et la continuité du service le reste de l’année.


Notre reportage sur les effets de la grève dans l’énergie en France illustre une exigence de vérification utile ici : les effets d’un mouvement doivent être documentés secteur par secteur. Ils ne se déduisent pas de son seul mot d’ordre.



Entrée de l’école élémentaire publique Château-des-Rentiers à Paris, photographiée le 6 septembre 2026.
École élémentaire publique Château-des-Rentiers, Paris, le 6 septembre 2026. Photo de contexte : elle ne documente ni une grève ni une fermeture de cet établissement.Chabe01 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Version réduite, sans recadrage.

Les dates qui permettent de comprendre la séquence


Le 22 juillet 2026, la Fédération CGT des services publics a publié un préavis pour le 29 septembre. Il vise notamment la fonction publique territoriale et certains salariés relevant de son champ fédéral.


Le 12 septembre, la CGT a publié une page nationale de mobilisation, avec une carte des rassemblements et des arguments sur les salaires et les services publics.


Le 24 septembre, la réunion intersyndicale a remis les revendications au premier plan dans la préparation de la journée.


Le 29 septembre est la date annoncée de l’action. Au moment de publier, elle demeure à venir.


Ces étapes ne sont pas interchangeables. Le préavis, l’appel national, la préparation locale et la participation effective constituent des éléments différents du dossier.


Ce qui est établi — et ce qui reste à discuter


Les documents syndicaux confirment une organisation réelle de la mobilisation. La presse indépendante confirme la convergence des huit organisations et la place centrale du gel annoncé dans leur contestation.


En revanche, ces sources ne permettent pas de calculer une perte uniforme pour tous les agents. Elles ne permettent pas davantage de prévoir un taux national de participation ou d’attribuer à cette seule politique salariale toutes les difficultés des services publics.


Le débat budgétaire doit lui aussi rester précis. Une économie annoncée n’est pas forcément une diminution de la dépense par rapport à l’année précédente : elle peut correspondre à une dépense évitée par rapport à un autre scénario.


Pour apprécier les chiffres, il faudra donc connaître la référence utilisée, les personnels concernés et les autres mesures qui accompagnent le gel. Sans ces éléments, on risque de comparer des montants qui ne décrivent pas la même chose.


Ce que cette actualité révèle


Le conflit rend visible une manière de faire des choix budgétaires sans afficher une baisse nominale du salaire de base : maintenir une valeur de référence plutôt que la relever.


Cette décision répartit autrement l’ajustement. Pour le budget, elle limite une dépense par rapport à une revalorisation. Pour les salariés concernés, elle peut laisser une partie de l’augmentation des prix sans compensation générale.


Ce mécanisme explique pourquoi l’absence de changement sur un indicateur peut devenir un changement concret dans la vie quotidienne.


Il ne prouve toutefois pas, à lui seul, que toute hausse demandée serait financée sans contrepartie. Une analyse complète doit examiner les ressources mobilisables, les dépenses concurrentes et les effets attendus des différents choix.


Les syndicats ajoutent une seconde question : celle des moyens de travailler. La CGT diffuse notamment des témoignages sur l’école, la santé et la justice. Ce sont des prises de position et des témoignages sélectionnés par une organisation engagée, pas un audit national indépendant.


Notre dossier sur les conséquences sanitaires des canicules françaises ouvre un autre volet de cette réflexion : les moyens publics doivent aussi être évalués à partir des besoins auxquels les services sont confrontés.



Le pont de Bercy et le bâtiment du ministère de l’Économie et des Finances au bord de la Seine, à Paris.
Le ministère de l’Économie et des Finances, à Bercy, le 11 mai 2022. Photo d’archives illustrant le lieu des arbitrages budgétaires. SailEOuiAla / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Version réduite, sans recadrage.

Ce qu’il faudra surveiller


Le premier test sera la participation effectivement mesurée le 29 septembre. Les estimations devront être attribuées et accompagnées de leur périmètre : agents grévistes, manifestants ou établissements concernés ne sont pas des indicateurs équivalents.


Il faudra ensuite distinguer les perturbations annoncées des interruptions réellement constatées, puis examiner les réponses du gouvernement.


Enfin, toute proposition salariale devra être lue dans ses détails. Une prime ponctuelle, une compensation ciblée, une modification des grilles et une hausse générale du point ne touchent ni les mêmes personnes ni les mêmes composantes de la rémunération.


Pour suivre les décisions sans confondre annonce budgétaire, revendication et mesure appliquée, créez gratuitement votre compte Lecteur Claire Vue.

Déjà membre? Se connecter


Poursuivre l’enquête




Une décision salariale se juge aussi dans ses effets


La préparation du 29 septembre est documentée. Les organisations syndicales veulent transformer leur unité en pression sur les décisions salariales et budgétaires.


L’ampleur du mouvement, ses conséquences sur les services et son effet sur les arbitrages gouvernementaux restent inconnus. Le gel annoncé mérite déjà d’être examiné pour ce qu’il est : une décision de répartition des ressources. Son coût complet ne se résume ni à l’économie affichée ni au nombre de manifestants à venir.


Soutenez un journalisme qui examine comment les choix budgétaires se répercutent sur les salaires et les services publics. Devenez membre Enquêteur de Claire Vue.

Déjà membre? Se connecter


Questions fréquentes


Que prévoit la mobilisation du 29 septembre?


Huit organisations représentatives appellent à une journée de grève et de manifestations dans la fonction publique française. Des documents syndicaux et des comptes rendus de presse confirment sa préparation. Cela ne signifie pas que tous les agents participeront ou que tous les services fermeront. Les conséquences pratiques doivent être vérifiées auprès des administrations et établissements concernés.


Pourquoi le point d’indice est-il central?


Le point d’indice sert au calcul du traitement de base des fonctionnaires. Maintenir sa valeur limite l’évolution de cette composante commune de la rémunération. Un agent peut néanmoins connaître une progression individuelle. Le conflit porte donc sur une décision collective qui doit être distinguée des changements liés à chaque carrière et des autres composantes de la paie.


Le gel annoncé pour 2027 est-il déjà un résultat budgétaire?


Non. Les sources consultées décrivent une orientation gouvernementale contestée par les syndicats. Une économie attendue ne constitue pas une somme déjà économisée. Il faudra examiner les décisions applicables, leur calendrier et le scénario de comparaison retenu. On ne peut pas davantage déduire de cette annonce une perte identique pour tous les fonctionnaires.


L’unité syndicale garantit-elle une forte participation?


Non. Elle confirme la convergence des organisations autour d’un appel, sans mesurer la participation future. Un préavis, une carte de rassemblements et des publications sur les réseaux établissent une préparation. Le nombre de grévistes, l’affluence des manifestations et les perturbations devront être observés séparément. Leur interprétation dépendra aussi de la méthode de comptage et du périmètre retenu.


Références principales



Commentaires


bottom of page