Centrale nucléaire de Zaporijjia : une trêve locale pour empêcher la panne totale
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Les six réacteurs de Zaporijjia ne produisent plus d’électricité depuis 2022. Ils doivent pourtant continuer d’en recevoir.
Après plus de deux semaines sans alimentation externe, la centrale occupée dépendait de génératrices diesel pour faire fonctionner ses pompes et refroidir ses réacteurs ainsi que son combustible usé. Le 5 septembre, une trêve locale négociée par l’Agence internationale de l’énergie atomique a permis à des techniciens ukrainiens de commencer la réparation d’une ligne endommagée.
L’événement ne constitue ni un cessez-le-feu général ni un règlement du conflit. Il révèle une réalité plus fragile : la sécurité de la plus grande centrale nucléaire d’Europe dépend maintenant d’accords temporaires conclus entre des belligérants.
À retenir
Une trêve locale est entrée en vigueur autour de Zaporijjia le 5 septembre.
Des techniciens ukrainiens réparent une ligne électrique de 330 kilovolts.
La centrale est privée d’électricité externe depuis le 20 août.
Deux génératrices diesel alimentaient encore ses fonctions essentielles.
Les réacteurs sont arrêtés, mais leur refroidissement demeure nécessaire.
Ce qui vient de se passer à la centrale nucléaire de Zaporijjia
L’Agence internationale de l’énergie atomique, l’AIEA, a annoncé le 5 septembre qu’une trêve localisée avait pris effet autour d’une ligne électrique située au nord du fleuve Dnipro.
L’objectif est précis : permettre à des techniciens ukrainiens de réparer la ligne Ferosplavna-1, d’une tension de 330 kilovolts. Les travaux ont commencé après le déminage du secteur et doivent durer quelques jours. Des représentants de l’AIEA en surveillent le déroulement. L’organisme présente cette entente comme la septième trêve locale qu’il négocie pour effectuer des réparations essentielles.
La centrale avait perdu sa dernière source d’électricité externe le 20 août, après des activités militaires signalées dans la région. Il s’agissait, selon l’AIEA, de la 26e perte complète de l’alimentation extérieure depuis le début de la guerre.
Les génératrices diesel d’urgence ont alors pris le relais. Elles ont alimenté les pompes, les systèmes de contrôle et les autres fonctions nécessaires à la sûreté du site pendant plus de deux semaines.
Au début, quatre génératrices fonctionnaient. Leur nombre a ensuite été réduit à deux afin de conserver le carburant. Cette mesure a presque diminué de moitié l’électricité disponible, au point où certaines pompes de refroidissement ont commencé à fonctionner par intermittence.
La trêve ne couvre qu’une zone et une mission déterminées. Elle ne suspend pas les opérations militaires ailleurs en Ukraine. Elle ne transfère pas le contrôle de la centrale et ne règle pas la question de son occupation russe.
Elle crée temporairement un espace dans lequel on peut réparer un câble dont dépendent plusieurs barrières de sûreté nucléaire.

Les acteurs et leurs intérêts
L’AIEA cherche à empêcher un accident sans pouvoir imposer la paix
L’AIEA dispose d’une équipe permanente à la centrale. Ses représentants observent les conditions du site, demandent des données techniques et facilitent les échanges nécessaires aux réparations.
Son pouvoir demeure cependant limité.
L’agence ne commande ni les forces russes ni l’armée ukrainienne. Elle ne peut pas démilitariser la zone par elle-même. Elle doit obtenir des garanties distinctes pour chaque intervention, puis compter sur les deux camps pour les respecter.
Cette position transforme une institution de surveillance nucléaire en intermédiaire opérationnel. L’AIEA ne se contente plus d’inspecter : elle négocie l’accès permettant de garder des équipements essentiels en fonction.
La Russie contrôle le site, mais pas tout le système qui le maintient
Les forces russes ont saisi la centrale dans les premières semaines de l’invasion de 2022. L’installation est exploitée sous l’autorité russe, en présence des inspecteurs de l’AIEA.
Le réseau électrique qui l’entoure ne se résume toutefois pas à la clôture de la centrale. Les lignes traversent un territoire contesté. Leur réparation requiert des équipes ukrainiennes, du déminage et une coordination avec plusieurs autorités.
Le contrôle physique du site ne procure donc pas une autonomie technique complète.
L’Ukraine entretient une infrastructure qu’elle ne contrôle plus
Ce sont des techniciens ukrainiens qui effectuent les travaux annoncés le 5 septembre. L’Ukraine conserve aussi un rôle dans le réseau électrique auquel la centrale doit être reconnectée.
Elle a un intérêt évident à empêcher un accident nucléaire sur son territoire. Elle conteste en même temps l’occupation de l’installation et refuse toute normalisation du contrôle russe.
Cette double réalité rend les réparations possibles, mais politiquement précaires : coopérer pour la sûreté ne signifie pas accepter la légitimité de l’occupation.
Les populations environnantes subissent un risque qu’elles ne gouvernent pas
Les décisions militaires, techniques et diplomatiques sont prises par des gouvernements, des forces armées et une agence internationale. Les conséquences d’une défaillance toucheraient d’abord les travailleurs et les collectivités de la région.
Le risque dépasse aussi les frontières. Un accident important pourrait perturber durablement l’agriculture, les déplacements, la santé publique et l’économie de plusieurs territoires.

Chronologie utile
Mars 2022 — Les forces russes prennent le contrôle de la centrale de Zaporijjia.
Septembre 2022 — Le dernier des six réacteurs cesse de produire. Ils demeurent ensuite en arrêt à froid.
2022 à 2026 — Le site perd à répétition ses connexions au réseau extérieur et doit recourir à des génératrices d’urgence.
20 août 2026 — La centrale perd sa dernière ligne électrique externe disponible.
1er septembre — Du matériel de secours, dont une génératrice et une pompe mobiles, est transféré au site.
5 septembre — Une trêve locale prend effet. Le déminage est effectué et les techniciens commencent à réparer la ligne Ferosplavna-1.
Prochains jours — La ligne doit être réparée, testée puis reconnectée avant qu’on puisse confirmer le retour de l’alimentation externe.
Ce qui est confirmé
Les six réacteurs sont arrêtés. La centrale ne produit donc pas d’électricité destinée au réseau.
Cette situation réduit considérablement la chaleur résiduelle à évacuer. Elle offre plus de temps pour intervenir en cas de panne qu’un réacteur en fonctionnement. Elle ne rend pas le refroidissement facultatif.
Le combustible présent dans les réacteurs et les piscines continue de dégager de la chaleur. Les pompes, les instruments, les systèmes de contrôle et plusieurs équipements auxiliaires ont encore besoin d’électricité.
On a déjà vu ailleurs que l’environnement extérieur peut compromettre une centrale même lorsque son réacteur fonctionne normalement. À Cernavodă, en Roumanie, la baisse du Danube a forcé l’arrêt d’un réacteur, parce que la production nucléaire dépend aussi de l’eau disponible pour le refroidissement.
À Zaporijjia, la dépendance critique est présentement électrique et logistique.
L’AIEA confirme que la centrale est restée alimentée par ses génératrices diesel pendant plus de deux semaines. Elle confirme également que le nombre de génératrices en fonction a été réduit de quatre à deux et que certaines pompes ont dû fonctionner par intermittence.
Le directeur général de l’agence, Rafael Mariano Grossi, a averti qu’une panne complète pourrait survenir en quelques jours si l’alimentation extérieure n’était pas rétablie et si l’approvisionnement en diesel cessait.
Cette mise en garde décrit un scénario conditionnel. Elle ne signifie pas qu’un accident nucléaire est en cours.
Les réparations ont commencé sous surveillance internationale. Leur réussite technique et la reconnexion effective de la centrale n’étaient toutefois pas encore confirmées au moment de la vérification.
Ce qui fait encore débat
Qui a endommagé la ligne?
L’AIEA relie la perte d’alimentation du 20 août à des activités militaires, sans attribuer publiquement la responsabilité à un camp.
La Russie et l’Ukraine s’accusent régulièrement d’attaques ou de provocations autour de la centrale. Sans preuve indépendante permettant d’identifier un tir précis, reprendre l’une de ces accusations comme un fait fabriquerait une certitude inexistante.
Le point confirmé est plus limité : une ligne essentielle a été endommagée dans une zone de guerre.
Une catastrophe était-elle imminente?
Non, pas au sens où une fusion du combustible aurait été attendue dans les prochaines heures.
L’arrêt prolongé des réacteurs a réduit leur chaleur résiduelle. Selon l’AIEA, une perte complète de courant mettrait beaucoup plus de temps à endommager le combustible qu’elle n’en aurait pris lorsque les réacteurs fonctionnaient.
Mais « plus de temps » ne signifie pas « aucun risque ».
Une panne totale prolongée finirait par compromettre le refroidissement, la surveillance et d’autres fonctions de sûreté. Les génératrices ne constituent pas une solution permanente : elles ont besoin de carburant, d’entretien, de pièces et d’un accès logistique continu.
La réparation garantit-elle le retour du courant?
Pas encore.
La remise en état physique de la ligne doit être suivie d’inspections, d’essais et d’une reconnexion sécuritaire. Le directeur de Rosatom, Alexeï Likhatchev, a déclaré que la réparation ne garantissait pas automatiquement le branchement. L’Ukraine n’avait pas commenté cette affirmation lorsque Reuters l’a rapportée.
Il faudra donc distinguer trois étapes : travaux terminés, ligne techniquement disponible, puis alimentation réellement rétablie à la centrale.
La trêve protège-t-elle durablement le site?
Rien ne permet de le conclure.
Selon Reuters, la partie russe s’attend à ce que l’arrangement dure environ une semaine. La déclaration de l’AIEA parle d’une trêve localisée nécessaire aux réparations, pas d’un accord permanent.
L’agence continue d’entendre des activités militaires presque quotidiennement, parfois près de la centrale.
Comme dans le dossier Claire Vue sur les combats autour du détroit d’Ormuz, une infrastructure civile stratégique demeure exposée à des décisions militaires prises bien au-delà de ses propres mécanismes de sécurité.
Ce que cette actualité révèle
Une centrale nucléaire n’est pas un bloc autonome.
Elle appartient à un système comprenant des lignes électriques, des sous-stations, des réserves de diesel, des routes, des techniciens, des pompes, des communications et des données fiables. La sûreté dépend du fonctionnement simultané de ces éléments.
La guerre fragmente ce système.
La Russie contrôle l’installation. L’Ukraine fournit des techniciens et conserve un rôle dans le réseau environnant. L’AIEA vérifie certaines conditions et négocie des accès. Les forces militaires déterminent si les équipes peuvent approcher la ligne. Les livraisons de diesel doivent traverser un espace exposé.
Personne ne contrôle seul toute la chaîne. Pourtant, chacun peut en interrompre une partie.
Cette organisation produit une séparation entre le pouvoir et la responsabilité.
L’acteur qui occupe physiquement la centrale ne possède pas nécessairement la capacité de réparer toutes ses connexions. L’État qui conserve la souveraineté juridique ne commande plus le site. L’organisme international chargé de surveiller la sûreté doit négocier chaque intervention sans force propre pour protéger ses ententes.
La trêve locale devient ainsi une pièce du système de sécurité.
Normalement, on protège une centrale par la redondance : plusieurs lignes électriques, plusieurs génératrices, plusieurs circuits et plusieurs équipes capables d’intervenir. À Zaporijjia, cette redondance technique dépend désormais d’une redondance politique qui n’existe pas.
Quand la dernière ligne tombe, le diesel prend le relais. Quand les réserves doivent être conservées, on réduit le nombre de génératrices. Quand les pompes fonctionnent par intermittence, l’AIEA demande davantage de données. Quand la réparation devient impossible sous les tirs, il faut négocier une pause.
Chaque protection mène à une nouvelle dépendance.
Le paradoxe est frappant. Les camps peuvent poursuivre une guerre étendue tout en devant suspendre localement leurs opérations pour empêcher qu’une installation occupée ne devienne dangereuse pour tout le monde.
La sûreté nucléaire crée un intérêt commun réel. Elle ne suffit pas à produire une paix durable.
Elle produit plutôt des accords techniques temporaires dont l’échec pourrait avoir des conséquences beaucoup plus longues que leur durée.
Ce qu’il faudra surveiller
Le premier jalon sera la fin des travaux sur la ligne Ferosplavna-1. Une annonce de réparation ne suffira pas : il faudra confirmer que la ligne a été testée et que la centrale reçoit effectivement de l’électricité externe.
L’état des génératrices demeure également central. Leur carburant disponible, leur entretien et leur capacité à reprendre rapidement la charge ne sont pas entièrement documentés publiquement.
L’AIEA a demandé des renseignements supplémentaires sur le fonctionnement des pompes et sur la température des systèmes refroidis. Ces données permettront de vérifier si le régime intermittent a eu des effets mesurables.
Il faudra aussi surveiller la restauration d’une deuxième alimentation indépendante. Le retour d’une seule ligne réduirait l’urgence, mais laisserait la centrale vulnérable à une nouvelle défaillance unique.
Enfin, toute déclaration concernant un redémarrage futur des réacteurs devra être comparée aux conditions de sûreté. L’AIEA affirme depuis longtemps qu’aucune remise en service ne devrait être envisagée tant que la situation nucléaire et militaire
demeure précaire.
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Une trêve pour réparer la dépendance
Ce qui est démontré est précis.
La centrale de Zaporijjia n’a plus d’alimentation électrique externe depuis le 20 août. Deux génératrices diesel maintiennent ses fonctions essentielles. Une trêve locale a permis à des techniciens ukrainiens de commencer la réparation d’une ligne sous la surveillance de l’AIEA.
Les réacteurs sont arrêtés. Le danger immédiat est donc plus faible qu’il ne le serait dans une centrale en production. Il n’est pas nul.
Ce qui demeure inconnu est tout aussi important.
La ligne n’était pas encore reconnectée au moment de la vérification. On ne connaît pas publiquement toutes les réserves de carburant, l’état détaillé de chaque génératrice ni la durée réelle de la trêve. La responsabilité de l’endommagement de la ligne n’est pas établie de manière indépendante.
L’événement ne prouve pas que la coopération l’emporte sur la guerre. Il montre plutôt que, devant certaines infrastructures, même les adversaires doivent momentanément reconnaître une dépendance commune.
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Questions fréquentes
Pourquoi une centrale nucléaire arrêtée a-t-elle encore besoin d’électricité?
L’arrêt d’un réacteur interrompt la réaction nucléaire contrôlée, mais pas immédiatement la production de chaleur. Le combustible continue de dégager une chaleur résiduelle qui doit être évacuée. Les piscines contenant du combustible usé doivent aussi rester refroidies. L’électricité alimente les pompes, les instruments et plusieurs dispositifs de sûreté. À Zaporijjia, cette alimentation provient présentement de génératrices diesel.
Qu’est-ce qu’une panne totale de centrale?
Une panne totale, ou station blackout, survient lorsqu’une centrale perd à la fois ses sources électriques externes et ses principales alimentations de secours. Les équipements essentiels doivent alors compter sur des batteries, des génératrices mobiles ou d’autres moyens temporaires. À Zaporijjia, l’arrêt prolongé des réacteurs ralentirait la montée des températures, mais une panne complète durable finirait tout de même par compromettre le refroidissement.
Un accident nucléaire est-il imminent à Zaporijjia?
L’AIEA ne dit pas qu’un accident est en cours ou qu’une fusion est imminente. Les six réacteurs sont arrêtés depuis longtemps, ce qui réduit fortement la chaleur à évacuer. L’agence prévient néanmoins qu’une perte complète et prolongée de courant doit être empêchée. Le risque dépendrait de la durée de la panne, de l’état des systèmes, du carburant disponible et de la capacité d’apporter rapidement du matériel de secours.
Que couvre exactement la trêve locale?
Elle vise la zone où des techniciens ukrainiens réparent la ligne Ferosplavna-1, sous surveillance de l’AIEA. Elle ne constitue pas un cessez-le-feu en Ukraine, une démilitarisation permanente de la centrale ou un accord politique sur son contrôle. Sa fonction est limitée : permettre le déminage, l’accès des équipes et les travaux nécessaires pour tenter de rétablir l’alimentation électrique externe.






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